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Consentement des patients : « Pourquoi m’a-t-on fait subir ce geste ? »

Publié le
Jeudi 26 Février 2015 à 11:55
#JENAIPASCONSENTI24/02/2015 à 13h03

Consentement des patients : « Pourquoi m’a-t-on fait subir ce geste ? »

Emilie Brouze | Journaliste Rue89


Entraînement à un geste chirurgical (Centre for Hip Health and Mobility/Flickr/CC)

Certains témoignages sont franchement difficiles à lire. Sur le Tumblr (microblog) Je n’ai pas consenti, des patients racontent comment un médecin ou un(e) gynéco n’a pas demandé ou respecté leur accord avant d’effectuer un acte médical. Certains parlent d’humiliation, beaucoup de douleur.

Une internaute décrit ainsi son premier accouchement :

« Au moment de l’expulsion, sans anesthésie, sans m’en informer, sans mon consentement, [le gynéco de garde] a pris les ciseaux et m’a mutilée. J’ai crié. Et il m’a recousue comme ça, à vif. Une boucherie.

J’ai mis trois mois avant de m’asseoir sur une chaise sans souffrir. Et aujourd’hui j’ai toujours mal pendant un rapport. »

Plus loin, une femme qui témoigne souffrait d’une scoliose, adolescente : le radiologue a insisté pour qu’elle enlève son soutien-gorge, sans lui proposer de blouse (avec notamment l’argument que des poitrines, il en voyait des dizaines par jour). Pour une autre, enceinte, c’est une sage-femme qui lui a fait« affreusement mal » en procédant à un décollement des membranes pour déclencher l’accouchement.

« Pourquoi m’a-t-on fait subir ce geste, et surtout pourquoi ne m’a-t-on pas demandé mon avis ? »

Il y a aussi quelques hommes qui s’expriment. L’un se souvient d’une visite médicale pour son inscription au concours d’entrée d’une école d’ingénieurs militaires. « La médecin me dit “baissez votre slip” », écrit-il.

« Zéro explication sur la raison pourquoi elle devrait me palper les testicules. »

Toucher vaginal sur patientes endormies

LOI
La loi du 4 mars 2002 dite « loi Kouchner », relative aux droits des malades, indique clairement qu’« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment ».

Début février dernier, un pharmacien a repéré sur un document de la Faculté de médecine de l’Université Lyon-Sud, dépublié depuis, une référence à l’apprentissage du toucher vaginal sur des « patientes endormies » au bloc opératoire.

La fac s’est défendue de telles méthodes mais des étudiants ont témoigné avoir vu ou réalisé des touchers vaginaux sur des patientes anesthésiées. Parce qu’elle n’a fait l’objet d’aucune enquête, il est difficile de se faire une idée précise sur la réalité de ces actes.

« On aimerait qu’une enquête soit lancée pour mesurer l’ampleur de cette pratique qui n’est pas majoritaire mais pas confidentielle non plus », explique Béatrice Kammerer. Pour la fondatrice de l’association Les Vendredis intellosqui traite de l’enfance et de la parentalité, ces cas choquants soulèvent une problématique plus large : la question du consentement médical et la manière dont il est obtenu.

Avec Clara de Bort, directrice d’hôpital, et Marie-Hélène Lahaye, juriste, elles ont cosigné une tribune mise en ligne le 6 février dernier. « Le consentement libre et éclairé du patient à chaque acte médical est clairement le point aveugle de la formation des médecins », écrivent-elles.

C’est Anne-Charlotte Husson, blogueuse féministe et signataire de la tribune, qui a eu l’idée de lancer le Tumblr Je n’ai pas consenti, pour recueillir la parole des patients (l’une des histoires publiées est la sienne). Elles ont reçu pour l’instant une quarantaine de textes, relayés sur Twitter avec le hashtag (mot-clé) #JeNaiPasConsenti.

Accouchement et grossesse

Chose troublante, à la lecture du Tumblr : le grand nombre de témoignages sur l’accouchement et la grossesse.

Je suis complètement traumatisée.

— Genre ! (@A_C_Husson) 18 Février 2015

Et puis les femmes signent une grande majorité des récits.

« La notion de consentement a été énormément abordée par les féministes », note Anne-Charlotte Husson qui retrouve là des questions qu’elle étudie. « Ce n’est pas une question de femmes mais elles sont très, très exposées », détaille Béatrice Kammerer qui ajoute que le consentement a beaucoup évolué dans la sphère privée et publique ces dernières années.

A propos du viol conjugal, par exemple : longtemps, le consentement sexuel chez les couples mariés était présumé, en tant qu’élément du devoir conjugal. En 1990, la Cour de cassation reconnaît l’existence du viol conjugal. Ce n’est qu’en 2010 que la mention de « présomption de consentement » des époux a été retirée du Code pénal.

Celles qui gèrent le Tumblr ont observé que la publication des témoignages permet à d’autres patients d’identifier et de mettre des mots sur leur propre expérience de défaut de consentement. « Les gens ne sont pas à l’aise avec cette notion-là parce qu’elle est difficile à comprendre et à analyser », poursuit Béatrice Kammerer.

La notion est délicate car bien plus complexe qu’une histoire de « oui » et de « non » (« vous avez dit oui. Mais dans quelles conditions ? »).

Médecins « bashing »

Sur le blog d’Anne-Charlotte Husson, un homme qui se présente comme médecin généraliste a publié un long commentaire énervé, « choqué par tous les articles de bashing sur les médecins qui sortent en ce moment pour décrédibiliser leur image ». Il écrit :

« Le problème c’est qu’on se trouve à la limite entre deux univers. Celui du patient qui est plein de tabous et de fantasmes concernant son corps, et celui du médecin qui le considère – en gros – comme une machine à réparer. »

« C’est une dissociation très étrange. Evidemment, le corps c’est l’esprit et l’esprit est le corps », commente Anne-Charlotte Husson.

« Le gouffre entre les représentations que se font certains médecins des actes médicaux et nos représentations à nous patients est assez effrayant. »

Au sujet du Tumblr, Béatrice Kammerer concède que cela peut être « difficile et douloureux » à recevoir pour les soignants. « Ce n’est pas le but. » Les auteures veulent interpeller et faire avancer sur cette question :

« Comment améliorer la relation patient-soignant ? »

 
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