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Bernard Lebeau : l'affaire Lambert démontre la nécessité d'une légalisation de l'euthanasie

Publié le
Vendredi 17 Janvier 2014 à 09:52

Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne vient de confirmer sa décision de mai 2013 dans l'affaire Lambert : obliger, à la demande des parents, la reprise de l'alimentation de ce patient de 38 ans, quasi-inconscient depuis 2008, contre l'avis des médecins et de sa femme. Cet avis est conforme à la loi. La loi de 2005, dite « Leonetti », n'était pas applicable en l'absence de directives anticipées rédigées avant l'accident. Le triste combat se poursuit : « Tu ne tueras point » contre « Aimez-vous les uns les autres ».

Certes le serment d'Hippocrate, encore utilisé en France, engage à l'interdit de provoquer délibérément la mort, rejoignant ainsi la loi biblique. Mais le médecin peut-il rester sourd au patient qui se plaint de souffrir ? La douleur a été trop longtemps mal prise en charge par les soignants. Fort heureusement, depuis plus de trente ans, elle est au premier plan des préoccupations de confrères, médecins de centres de soins palliatifs en tête, pourtant déconsidérés par la décision de ce jour. Un vrai soignant n'admettra jamais : « Il n'y a plus rien à faire. »

Mais si le patient souffre toujours, il y a problème ! Se limiter aux soins palliatifs revient à prétendre tout contrôler, ce qui est impossible ! La loi Leonetti a fourni de grandes avancées (refus d'acharnement thérapeutique, principe du double effet, prise en compte de directives anticipées) ; elle n'est pas sans insuffisances. Le cas Lambert vient nous le confirmer. L'euthanasie passive demande l'accord de toute la famille. Quant à fournir une aide active, cela reste en France, même après décision collégiale et information de la famille, un crime qui, dénoncé, amène devant les juges.

Les juges appliquent la loi. Si dénoncé, l'auteur d'un tel crime ne bénéficie que rarement d'un non-lieu. Les juges retiennent souvent des circonstances atténuantes. Quand les crimes sont commis sans avis du patient, sans concertation de l'équipe, de façon répétée, les peines sont plus lourdes. Mais la loi des hommes est changeante. En 2002, aux Pays-Bas puis en Belgique, elle dépénalise l'euthanasie, applicable à un adulte conscient demandeur auprès de son médecin, avec avis d'un médecin expert. La dépénalisation est ambivalente. Elle autorise sans légaliser. Elle soumet le médecin décideur à un contrôle a posteriori du dossier, pouvant amener à une mise en examen.

Une légalisation, accompagnée de très strictes mesures de contrôles a priori dans les cas non urgents, n'aurait-elle pas plus de clarté ? En France, en 2002, la loi avait précisé les droits des malades. En 2005, elle a souligné l'importance des soins palliatifs et a permis de discrètes pratiques euthanasiques sans prononcer le terme, tout comme le décret complémentaire de janvier 2010 qui a rendu possible une sédation terminale.

La proposition actuelle de suicide assisté avec remise au demandeur de poison sous forme orale sans se préoccuper de son devenir est insuffisante. Ce ne doit pas être copier la loi belge, mais faire mieux : ne pas se limiter aux adultes conscients ; hors de l'urgence, exercer un contrôle a priori, non restreint à l'avis de deux médecins, mais étendu à des juristes et à des représentants des patients.

INSTAURER DES PRATICIENS DE FIN DE VIE

Face à l'opposition compréhensible de médecins à l'euthanasie active, il faut aussi respecter leur droit de réserve et peut-être créer un nouveau métier : le praticien de fin de vie. Nos opinions doivent s'effacer devant celle du mourant sans aucun jugement de valeur. S'il accepte souffrance pour garder conscience, c'est son droit ; il n'est pas question de l'endormir, de raccourcir sa vie, mais de l'accompagner pour que son calvaire soit supportable. S'il ne veut plus souffrir et s'il ne craint pas Dieu, c'est son droit tout autant. Il est du devoir d'un soignant de respecter un choix raisonnable et conscient, de reconnaître nos limites sans les vivre en échec, voire d'aider à mourir lorsque la fin n'en finit pas.

S'il ne s'exprime plus, comateux ou débilité, mais qu'il a antérieurement affirmé ses souhaits, auprès d'une personne de confiance ou par des déclarations anticipées, il ne faut pas se contenter de les « prendre en compte » pour les remettre en question sur de faux arguments, tels que la vulnérabilité ou de possibles changements d'avis, alors inexprimables. Auprès de ce mourant, l'entourage est plus ou moins présent. Son attitude est variable : encombrante ou discrète, agressive ou réconfortante.

Ces proches impriment leurs marques. Quels que soient leurs comportements, tous justifient respect, patience, explications, dialogues et soins. Dans cette situation d'une famille déchirée autour de celui qui ne peut plus parler, que faire ? Se demander sincèrement ce qu'il dirait lui-même : raisonner non pour soi, mais pour lui, ce que devraient pouvoir une femme, une mère, même si elles se détestent, par amour de lui.

Euthanasier n'est pas commettre un meurtre mais aider à une mort paisible. Paix et justice sont indissociables. Qu'une loi de sagesse fournisse cette paix d'esprit aux soignants, libérés des contraintes bibliques sans les mésestimer, afin d'adoucir l'agonie.

 

  • Bernard Lebeau

 

Pneumologue et cancérologue, il est professeur de médecine à l'université Pierre-et-Marie-Curie-Paris-VI

Article publié dans Le Monde du 17/01/2014.

Pour pouvoir le consulter:http://www.lemonde.fr/sante/article/2014/01/17/bernard-lebeau-l-affaire-lambert-demontre-la-necessite-d-une-legalisation-de-l-euthanasie_4349684_1651302.html

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