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L'implant cochléaire : une révolution pour les personnes atteintes de surdité profonde ?

Publié le
Lundi 15 Avril 2013 à 21:16

COMMUNIQUE DE PRESSE

C’est fin 2009 que le service ORL du CHU de Nancy a été validé comme Centre référent régional dans la pose des implants cochléaires, un système innovant permettant aux sourds profonds de restaurer progressivement leur audition. Une innovation à succès, en atteste l’augmentation continue du nombre d’implantés depuis 2001, date du premier implant dans l’établissement lorrain : 7 en 2007, 10 en 2008, 18 en 2009 et 22 en 2010. Concrètement, quelles améliorations l’implant cochléaire apporte-t-il ? Permet-il réellement à une personne atteinte de surdité profonde de retrouver toutes ses capacités auditives ?
Réponses.

« Depuis les années 70, j’entendais de moins en moins bien. J’ai alors subi deux opérations qui se sont soldées par deux échecs, et j’ai donc appris à vivre et à entendre avec des appareils auditifs », se rappelle Claude, un Vosgien de 75 ans. En 2008, une otite externe fulgurante le rend complètement sourd de l’oreille droite. Rapidement, ses médecins lui conseillent de consulter au service ORL du CHU de Nancy, où lui sera finalement posé un implant cochléaire au cours d’une opération chirurgicale en janvier 2009.

L’implant cochléaire est un appareil muni d’un système permettant de stimuler le nerf auditif dans l’oreille interne partiellement, voire totalement défaillante, en lui envoyant des signaux électriques. Le cerveau qui reçoit ces signaux les interprète comme un son. L’implant cochléaire se compose de deux parties : l’une externe et amovible et l’autre interne, implantée dans l’oreille interne lors d’une opération chirurgicale. 
Contrairement à la prothèse auditive, l’implant cochléaire n’amplifie pas l’intensité des niveaux sonores mais stimule électriquement la fibre nerveuse. Après son opération, Claude explique : « Mon implant possède 21 électrodes : ce n’est pas aussi parfait qu’une audition normale, les sons me paraissent plus creux, mais c’est déjà très bien ! » Globalement, les porteurs d’implant cochléaire perçoivent les sons de leur environnement et beaucoup sont capables d’entendre et de comprendre des mots et des phrases, avec ou sans lecture labiale, surtout dans le calme. Ainsi, Claude a suivi près de 50 séances de lecture labiale.

Au service ORL du CHU de Nancy, l’équipe d’implantation cochléaire informe au mieux les patients concernés par cette opération, réalise le bilan nécessaire à l’implantation, confirme l’indication, effectue la pose de l’implant et assure le suivi. Chirurgien, médecin ORL audio-phonologiste, régleur audiométriste, orthophoniste et psychologue sont là pour répondre à toutes les questions. 
Le Pr Cécile Parietti-Winkler, professeur des universités et praticien hospitalier spécialisée dans l’otologie et l’otoneurochirurgie, précise qu’en ce domaine « le CHU de Nancy est devenu Centre de Référence en Lorraine, en obtenant fin 2009 une accréditation. Concrètement, cette reconnaissance permet une prise en charge totale par la Sécurité sociale (coût global de l’implant 22 000 €), sachant qu’entre la demande et la pose effective de l’implant, il faut compter un délai de 4 à 6 mois, en dehors des urgences. »

Avant de prendre la décision de se faire implanter, le patient doit effectuer de nombreux bilans pour savoir si l’implantation est concevable et si la chirurgie est possible. Du bilan médical à l’entretien avec des psychologues, la procédure peut paraître fastidieuse mais elle est déterminante dans le choix de se faire implanter ou non. Aux psychologues de s’assurer de la motivation du patient à vouloir réentendre les voix - à commencer par la sienne et celles de son entourage, les bruits de la vie quotidienne et ceux de la nature. Cette étape est loin d’être anodine quand on sait le traumatisme engendré par un simple enregistrement de leur voix chez la plupart des individus ! Claude se souvient : « J’ai effectué des tests d’écoute, des tests visuels et même des tests d’équilibre. On m’a par exemple versé de l’eau froide puis de l’eau chaude dans les oreilles et on a tourné le siège sur lequel j’étais assis pour voir mes réactions. Le but étant toujours de pouvoir analyser, par la suite, les bénéfices de l’opération sur mon audition et sur mon équilibre. » Après l’opération, le patient doit  également s’engager à venir régulièrement en consultation pour un suivi de l’implant, notamment lors de rendez-vous avec des régleurs audiométristes.

Le dispositif peut présenter des avantages extraordinaires pour la personne implantée : pouvoir communiquer avec son entourage, sortir de l’isolement dans lequel elle est plongée, (re)découvrir le sens de l’ouïe et le goût d’entendre… Le Pr Parietti-Winkler estime que le plus grand bienfait pour les patients est de « pouvoir se réinsérer socialement. » En atteste le cas de cette patiente, atteinte de surdité profonde, qui se désolait de ne pas pouvoir entendre les pleurs de son bébé. Après la pose d’un implant cochléaire, la révélation a été totale pour elle : « Maintenant, je peux même apprendre à parler à ma fille ! ». Claude peut à nouveau participer aux conversations familiales lors des repas, lui qui ne percevait qu’un vague brouhaha avant son opération… « Quel plaisir de ne pas répondre à côté de la plaque lorsque l’on me pose une question ! » se réjouit-il.

Mais cette technologie n’exclut pas un temps d’éducation et de réadaptation. Une fois équipés, tous les patients ne perçoivent pas tout de suite les sensations d’une audition normale : un travail de rééducation orthophonique est nécessaire pour qu’ils puissent profiter pleinement d’une nette amélioration de leur audition, pour qu’ils se refassent « une carte des sons » au quotidien et qu’ils apprennent à reconnaître les bruits environnants. Claude a suivi des séances au CHU où il devait reconnaître les bruits qu’on lui faisait écouter : un paquet de chips que l’on froisse, une cascade, une moto… « Cela demande beaucoup de travail, mais les progrès sont rapides. Je persiste à dire qu’il faut de la volonté pour apprendre à réentendre avec des implants », précise-t-il. Mais aucun regret pour lui : « En prêtant attention aux bruits que j’entendais, j’ai progressé encore plus vite. Et puis un jour, j’ai de nouveau entendu mon voisin me saluant devant mon jardin, le chant d’un merle que je n’entendais plus avant l’opération, ou le clignotant de la voiture… et croyez-moi, j’entends même le tic tac d’un réveil à travers un mur ! » Jeanne, son épouse, s’amuse : « Oui, mais on ne choisit pas ce que l’on entend et Claude a dû se réhabituer à certains bruits gênants : la hotte de la cuisine ou le mode essorage de la machine à laver… »

Afin de les aider à se réadapter à ce monde sonore, leurs proches sont mis à contribution en  appliquant quelques principes simples : parler bien en face de la personne implantée, ou encore réduire les bruits de fond. Jeanne s’est par exemple habituée à parler plus lentement pour que son mari la comprenne mieux et à l’aider à retrouver au mieux les réflexes d’une communication avec autrui, base d’une insertion sociale accomplie. « Bref, si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde ! D’ailleurs je me suis fixé un dernier petit défi : parvenir à différencier les sons des différents instruments de musique… »

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