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Maître Jean-Christophe Coubris, robe noire des scandales sanitaires

Publié le
Vendredi 20 Décembre 2013 à 13:51

Par Mathilde Gérard (Bordeaux, envoyée spéciale)

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Jean-Christophe Coubris et Philippe Courtois (au second plan), portent les dossiers des plaignantes qu'ils défendent dans l'affaire des prothèses mammaires PIP, en avril à Marseille.

 

Sur la cheminée en marbre, à côté du code pénal et de la balance de la justice, trônent plusieurs boîtes de médicaments : Mediator, Gardasil, Diane 35… Des noms qui ont fait l'actualité ces derniers mois et qui ont un point commun : un grand nombre des patients qui ont porté plainte contre leurs fabricants sont défendus par un même avocat, Jean-Christophe Coubris. Dans son cabinet situé dans un quartier chic et résidentiel de Bordeaux, impossible de les rater : « Ces boîtes sur la cheminée, ce ne sont pas des trophées, mais je ne peux pas m'en séparer, note Jean-Christophe Coubris. Ma crainte, c'est que d'autres médicaments viennent les rejoindre. »

Le cabinet Coubris, Courtois et associés est sur le front des plus grands scandales sanitaires de ces dernières années, avec une ligne de défense qui se résume en trois points : un grand volume de dossiers traités, des expertises soigneusement menées et une médiatisation parfaitement orchestrée. Grâce àses sept avocats et seize assistants, le cabinet défend notamment 2 800 femmes porteuses d'implants mammaires PIP (qui viennent d'obtenir une condamnation au pénal de Jean-Claude Mas, le fondateur de la société PIP, mardi 10 décembre àMarseille), 2 000 victimes du Mediator et des centaines de jeunes femmes qui ont eu des accidents cardio-vasculaires après la prise de pilules contraceptives. Récemment, Me Coubris a été à l'origine des plaintes déposées contre le Pradaxa– un anticoagulant oral accusé d'avoir provoqué des hémorragies mortelles chez certains patients âgés – et contre le Gardasil – le vaccin contre le papillomavirus, soupçonné d'avoir favorisé le développement de maladies auto-immunes chez des jeunes filles.

« ON NE FAIT PAS D'ABATTAGE »

Cette activité prolifique alimente les suspicions (et parfois les jalousies) à l'égard du cabinet, accusé d'opérer comme une PME des plaintes en matière sanitaire.« On ne fait pas d'abattage, se défend Me Coubris. On prend le soin d'appelerchacune des victimes que nous représentons. Cet aspect humain est essentiel. En même temps, si nous ne défendions pas d'aussi nombreuses victimes, nous n'aurions pas la même force de frappe. » Le docteur Irène Frachon, la pneumologue brestoise qui a lancé les premières alertes sur les risques de valvulopathie liés au Mediator, travaille avec le cabinet sur le dossier du Mediator et réalise, bénévolement, les expertises des victimes. « C'est vrai qu'ils traitent un volume colossal de dossiers, mais ils sont organisés et font du bon travail. Notre collaboration est bien rodée. Je reçois les dossiers de victimes, pour lesquels je rends un avis personnalisé, qui est ensuite repris et remis en forme par le cabinet. »

Pour chaque victime qu'il reçoit, le cabinet prend appui sur l'expertise de médecins-conseils rémunérés ou de médecins bénévoles, notamment ceux de l'Association d'aide aux victimes des accidents corporels, l'Aavac. La proximité du cabinet avec l'Aavac fait pourtant grincer des dents car le président de cette association bordelaise, Dominique-Michel Courtois, est le père d'un des associés du cabinet. Jean-Christophe Coubris n'y voit toutefois pas de conflit d'intérêts.« Nous avons une relation amicale et professionnelle avec le Dr Courtois depuis quinze ans, mais je ne vois pas ce qu'on peut me reprocher en aidant et en étant aidé par une association de victimes. »

Ceux qui l'ont fréquenté, dans les tribunaux ou les commissions d'indemnisation, le disent : Jean-Christophe Coubris s'investit dans ses dossiers, à tel point qu'il finit par épouser les combats de ses clients. C'est le cas par exemple avec Marion Larat, la première Française à avoir déposé plainte contre un fabricant de pilules contraceptives, à la suite d'un AVC lié à la prise de la pilule Méliane. « Marion a le téléphone direct de Me Coubris et peut l'appeler plusieurs fois par jour », raconte son père, André Larat. Après une mauvaise expérience avec une première avocate, les Larat ont pris contact avec Me Coubris, sur les conseils de l'Aavac.« Dès le premier rendez-vous, il s'est montré très à l'écoute et compréhensif.Pour nous, ça a été la bonne personne. Il faut dire que nous disposions du Graal : une expertise favorable montrant le lien entre l'AVC de ma fille et sacontraception. »

LE PÉNAL, UN CHOIX CONTESTÉ

Entre la plaignante et l'avocat, le respect est mutuel : « Marion Larat avait la possibilité d'accepter l'indemnisation qui lui était proposée. Mais sa priorité était defaire avancer le débat sur les prescriptions de pilules contraceptives », explique Jean-Christophe Coubris. La jeune femme a préféré déposer plainte au pénal pour que son action ait plus d'impact. « Je l'ai prévenue que ce serait un choix difficile, que ce serait long et qu'elle serait exposée, mais elle a été exemplaire de courage. Chez les victimes qui veulent aller au pénal, il y a une demande de justice et de vérité avant toute demande d'indemnisation. »

Aller au pénal pour des dossiers sanitaires est pourtant une option déconseillée par certaines associations. « C'est très éprouvant de s'engager dans une procédure et quasiment impossible d'obtenir réparation au pénal en matière de dommage corporel, note Marie-Solange Julia, présidente de l'Association d'aide aux victimes d'accidents médicaux (Aviam). Les cabinets spécialisés savent quand un dossier a une chance d'aboutir, mais certaines personnes sont mal conseillées, on les leurre. Pour ma part, en trente ans, je n'ai vu qu'un seul dossieraboutir au pénal. » Pour l'Aviam, la loi du 4 mars 2002 sur le droit des malades, qui permet de recourir à une Commission de conciliation et d'indemnisation, gratuitement, sans la nécessité d'être assisté par un avocat, est la meilleure solution.

Me Coubris, lui, estime que les indemnisations prévues par les commissions de conciliation sont insuffisantes. « Les commissions prennent le temps de parleraux victimes et jouent un rôle très humain, nuance l'avocat. Mais leur barème d'indemnisation, inférieur de deux à trois fois à ce qui peut être obtenu au pénal, doit absolument être révisé. » L'avocat se défend de s'engager dans des procédures qui n'ont pas de chances d'aboutir. « Nous ne déposons plainte que lorsque nous sommes convaincus du bien-fondé de celle-ci, après rapport d'expertise contradictoire. » Quand aux délais parfois décourageants pour certaines victimes, Jean-Christophe Coubris les défend : « Il faut accepter le temps de la justice. Une instruction de trois ou quatre ans pour un dossier aussi complexe que celui du Mediator par exemple, ce n'est pas une instruction qui s'enlise. J'ai confiance dans notre système de justice et je constate que les victimes sont remarquables de patience. »

Une autre dérive du recours au pénal est parfois décriée, financière cette fois. Une association qui accompagne des victimes du Mediator, et qui n'a pas souhaité êtreidentifiée, explique avoir pour principe de ne « jamais donner les dossiers aux avocats »« Certes, les conseils font leur travail, mais ils agissent comme des tiroirs-caisses. Or on ne veut pas que les victimes soient prises en otage par l'argent. » André Larat, membre actif de l'Association des victimes d'embolie pulmonaire (AVEP), confirme que pour beaucoup de victimes, « la question des frais d'avocats est problématique ». En raison du grand nombre de dossiers qu'il traite, le cabinet Coubris prend des honoraires relativement modérés : pour le forfait de base, le cabinet s'aligne sur ce que proposent les assurances (souvent entre 1 000 et 1 500 euros) et prend entre 10 et 15 % pour l'honoraire de résultat.« La question financière a été mise sur la table dès le premier rendez-vous, confie André Larat. Notre assurance pouvait payer 1 100 euros de forfait et Me Coubris a fait passer l'honoraire de résultat à 10 %. C'est sûr que c'est un bon business, mais c'est un avocat très humain et vraiment disponible, je ne peux pas croirequ'il soit seulement commercial. »

« LANCEUR D'ALERTE »

Jean-Christophe Coubris ne nie pas l'aspect financier de son travail, mais met en avant les longues heures passées à constituer ses dossiers et à rassembler les informations médicales sur une molécule. L'avocat assume son rôle de « lanceur d'alerte »« On se bat contre des laboratoires qui sont très puissants. Pour le Gardasil, par exemple, j'ai songé à faire vacciner ma fille il y a quelques années, raconte-t-il. Mais au fur et à mesure que je me renseignais, j'ai réalisé que la campagne de communication, très culpabilisante pour les parents, véhiculait desidées fausses : le cancer du col de l'utérus était déjà en net recul en France grâce au dépistage régulier par frottis et le Gardasil ne protégeait que contre certains types de papillomavirus. En revanche, certains adjuvants du vaccin pouvaiententraîner de graves effets secondaires. On m'accuse d'être irresponsable, mais je n'ai aucun scrupule à faire douter de jeunes filles dans ces circonstances. Ce que nous demandons, c'est plus de transparence. »

 

Jean-Christophe Coubris dans son cabinet, fin novembre, accompagné par la famille de Marie-Océane Bourguignon, à l'origine d'une plainte contre le vaccin Gardasil.

 

Pour contrer la communication des laboratoires, Jean-Christophe Coubris a opté pour l'arme de la médiatisation. Que ce soit pour les pilules, les anticoagulants ou le Gardasil, l'avocat manie parfaitement les codes des médias, réservant l'exclusivité du dépôt d'une plainte à tel ou tel journal et se montrant disponible face aux sollicitations des journalistes. « La médiatisation est malheureusement indispensable. Elle est le reflet de l'inefficacité de l'information sur les médicaments. C'est anormal qu'il faille en passer par une procédure pénale pourinformer sur le Mediator. C'est illogique que l'avocat donne des informations médicales. Mais je continuerai ce combat aussi longtemps que je pourrai lefaire. »

Dans son bureau bordelais, entouré des boîtes de médicaments qu'il incrimine, Jean-Christophe Coubris songe déjà à la prochaine bataille sanitaire qu'il aimeraitmener : l'aluminium comme adjuvant dans les vaccins. « Au cours de ma carrière, j'ai souvent pensé qu'on touchait l'horreur et qu'on ne pourrait pas trouver pire, mais on peut toujours trouver pire. Je constate cependant que notre agence du médicament est désormais plus transparente et j'ai espoir qu'il y ait moins de scandales sanitaires à l'avenir»

 

 

 

 
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