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zoom sur la situation en Ile-de-France. Pas de chômage, certes, mais une tension certaine sur les offres de recrutement...

Publié le
Mardi 03 Décembre 2013 à 17:30

Dans une note relative à la démographie des professions paramédicales en Île de France au 1er janvier 2012, l’Agence régionale de santé (ARS) soulignait plusieurs particularités de la région par rapport au reste du pays. L’ensemble plaidait pour une pénurie en infirmières destinée à durer, donc pour un risque de chômage très faible pour la profession.

Ainsi, bien que presque une infirmière sur cinq (90.000 sur un total estimé à 530.000) y exerce, la densité régionale (nombre d’infirmières pour 100.000 habitants) était inférieure à la densité nationale : 763 versus 785. L’écart s’était creusé en 5 ans : la densité francilienne, qui était inférieure de 10 % à la moyenne nationale en 2007 se situe, en 2012, 13 % en dessous de la moyenne nationale. Les effectifs infirmiers avaient moins progressé en Île-de-France que dans le reste du pays.

Cependant, cette moyenne masquait une grande disparité d’une part, entre Paris et les autres départements, d’autre part, mais de façon moins prononcée, entre les départements : en janvier 2012, la densité infirmière s’élève à 1.398 dans la capitale, donc très nettement au-dessus de la moyenne nationale, à 710 dans les Hauts-de-Seine et à seulement 553 en Seine-Saint-Denis. Les infirmières sont nettement plus souvent salariées que dans le reste de la France, ce qui s’explique facilement pas la grande concentration d’établissements hospitaliers de la région.

La proportion des jeunes infirmières (moins de 35 ans) était un peu plus forte (27,70 %) que celle des professionnelles proches de la retraite (plus de 55 ans - 21 %). L’ARS estimait que si ces dernières partaient en moyenne à 60 ans, le nombre de départs annuels dans les cinq prochaines années serait de 3.800. Enfin, l’agence notait que de nombreux diplômés quittent l’Île-de-France dès l’obtention de leur diplôme ou quelques années plus tard et citait un travail de la DREES paru en 2010 montrant que la région est déficitaire dans les mutations inter-régionales.

2012 : la faute à la conjoncture ?

La FHF (Fédération hospitalière de France) fait remarquer que 2012 a été une année particulière : en Île-de-France, il y a eu 5.300 diplômées au lieu de 4.400 l’année précédente. Comme les autres régions ont eu aussi plus de diplômées, moins de départs vers elles ont été possibles. De plus, le gros employeur de la région, l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), ne recrute que très peu, ayant réussi de son point de vue à parvenir au plein emploi. Mais les besoins restent importants dans le secteur médico-social (EHPAD, MAS...). Pour la FHF, s’il y a eu une difficulté conjoncturelle en 2012, il n’y a donc aucune raison de craindre un chômage massif pour les années suivantes, pourvu que les nouvelles infirmières cherchent en direction de ces structures. Le problème serait qu’elles les connaissent mal, comme d’ailleurs les nouvelles modalités d’exercice qui se mettent en place (ambulatoire, pratiques avancées...).

Une fois de plus, la difficulté est que nous devons nous limiter à une vue d’ensemble. Or la région est complexe et variée. Comme il n’est pas possible de faire une enquête exhaustive, il faut se contenter de coups de sonde au hasard dans des établissements différents en taille et en statuts (publics, privés - à but lucratif ou non), dans les Instituts de formation en soins infirmiers et auprès des nouveaux diplômés. Ce qui suit n’a donc que la prétention de tracer quelques pistes de réflexion.

2012 : une année charnière ?

Pour la plupart des personnes interrogées - responsables des établissements hospitaliers, publics comme privés (responsables de ressources humaines ou cadres de santé) - 2012 est une année charnière, et pas seulement à cause de la réforme de la formation. Les besoins de recrutement ne portent que sur le renouvellement du personnel partant à la retraite. Ces départs sont loin d’être aussi « massifs » que prévu : de nombreuses infirmières les retarderaient à cause de la réforme Fillon (âge légal reporté à 62 ans, et non 60 comme dans les projections antérieures) et pour améliorer le montant de leurs pensions en augmentant le nombre d’années cotisées.

Surtout, les politiques menées par les établissements auraient porté leurs fruits à partir de cette année-là :

  • restructurations et améliorations de l’organisation du travail permettant d’avoir un recours très diminué à l’intérim et d’utiliser le personnel de façon optimale (quel que soit le point de vue adopté sur cet « optimal »), notamment en augmentant sa mobilité de service en service en fonction des besoins ;
  • politiques actives de recrutement, passant moins par des avantages salariaux ou sous forme de primes que par des aides à la formation initiale, un tutorat et une formation in situ dans les différents services, un aménagement des temps de travail et éventuellement une aide au logement ;
  • une recherche intensive des « meilleurs » candidats, avec notamment une sélection de ceux ayant eu un ou des stages dans l’établissement en fonction de la satisfaction du personnel d’encadrement.

Des postes à pourvoir

Cependant, des problèmes de recrutement persistent dans les services de réanimation, aux blocs opératoires (IBODE et IADE), parfois en psychiatrie, et pour le travail de nuit, difficile pour des jeunes diplômées qui sont souvent aussi de jeunes mamans.

Pour beaucoup de recruteurs interrogés, les jeunes infirmières ne rechignent pas du tout à travailler auprès de personnes âgées. La plupart en ont suffisamment rencontré au cours de leurs stages pour s’en faire une idée. En particulier, elles ont bien compris que leur prise en charge est souvent très technique, et pas seulement sur le côté du « care », ne serait-ce que parce qu’elles sont souvent polypathologiques. Aussi les jeunes infirmières cherchent à compléter leur formation en variant les services dans lesquels elles travaillent : elles ne fuiraient pas les personnes âgées, elles voudraient au contraire être sûres de savoir s’en occuper.

Contrairement à ce qui est parfois lu ou entendu, pour beaucoup de recruteurs, leur formation initiale n’est pas forcément inadaptée (elle est en fait très variable), notamment du fait du nouveau référentiel de formation ; il n’est pas du tout un obstacle, mais complète plutôt bien les stages.

Des emplois méconnus

Comme les infirmières recherchent un emploi stable, elles privilégient les grosses structures, qui permettent, entre autres, cette variété d’expérience professionnelle et la possibilité d’évolution de carrière. Et justement, ce sont de gros établissements qui ont fait le plein ! Mais pas tous. Comme les établissements de taille plus modeste, leur recrutement rencontre deux obstacles majeurs en région parisienne : le coût des logements et la longueur des transports. Sommairement, plus vous habitez loin de Paris, moins votre loyer est élevé, mais plus vos trajets pour aller au travail sont longs. Tout dépend aussi de la banlieue : une infirmière travaillant dans un établissement de la banlieue riche (l’ouest parisien) n’a pas un salaire suffisant pour payer un loyer à proximité ; elle doit donc habiter loin et passer du temps dans les transports, dont on sait qu’ils sont loin d’être optimaux de banlieue à banlieue.

Autre souci de nombreuses structures de taille modeste : le manque de visibilité. Certaines commencent à se regrouper pour améliorer la situation, mais pour beaucoup, elles ne restent pas assez attractives, ce qui en oblige certaines à recruter massivement à l’étranger ! Le problème ne serait donc pas tant l’activité proposée que la méconnaissance par les jeunes diplômées des opportunités offertes.

Il semble donc qu’il y ait de l’emploi en Île-de-France, mais pas forcément là où les jeunes diplômées le cherchent d’abord : dans de grosses structures permettant la diversification des expériences professionnelles et une évolution de carrière, tout en gardant la stabilité de l’emploi. Pour expliquer la difficulté à trouver un premier emploi, s’ajoutent les caractéristiques propres à la région (logement, transports), l’éparpillement des lieux de recrutement, leur difficulté à se faire connaître et enfin le brouillard tenace sur l’avenir de la profession : des évolutions majeures se dessinent, sont promises ou seulement envisagées (HAD, ambulatoire, rôle accru des libérales...), mais sans chemin clair (voir la « Stratégie nationale de santé » qui à part les poncifs habituels sur les transferts de compétence et la coordination, ne dit pas grand chose sur la profession). Peut-être existe-t-il, mais alors il reste peu décrit.

Pas de chômage, donc, mais une tension certaine sur l’emploi. Décrocher un poste ne va plus de soi. Pour beaucoup de recruteurs, le vent a tourné (et leurs établissements ont tout fait pour). C’est désormais plus au postulant de montrer la valeur de sa candidature qu’à l’établissement de prouver son intérêt.

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