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La Presse en parle

Publié le
Mercredi 29 Janvier 2014 à 22:55

EGORA.FR - 16/12/2013 

Pamphlet d’internes pour survivre à la filière de MG  

Formation-études médicales par Sandy Berrebi – Bonin le 16-12-2013  

Elles ont moins de 30 ans, ont fini leur internat de MG et sont indignées. Ariane Mussedy, Morgane Lucet, Louise Balas et Bérénice Tilleul viennent de publier un livre intitulé “Internez-nous, vos (futurs) médecins généralistes témoignent”. Un ouvrage sans langue de bois, qui alterne témoignages et conseils pratiques à l’attention de tous les internes de médecine générale.   

“L’internat, c’est un grand bordel, mais tous les jours dans tous les hôpitaux, les internes sont présents. Ils travaillent et ne disent rien. Ça nous révolte” témoigne Ariane Mussedy, 28 ans. Cette jeune médecin généraliste, ancienne représentante d’internes en Ile-de-France a eu l’idée, il y a plus de trois ans, d’écrire ce livre. Puis elle a rencontré Morgane Lucet, Louise Balas et Bérénice Tilleul et les trois jeunes femmes ont décidé de partager ce projet.  

"On massacre la fac" 

A l’origine de l’ouvrage, une colère commune sur “le parcours du combattant” qu’a été pour elles l’internat de médecine générale. Et les jeunes femmes ne mâchent pas leurs mots. “Dans le livre on massacre la fac et la filière de médecine générale” tacle Ariane Mussedy. Et Morgane Lucet  d’ajouter “et pourtant après relecture, on trouve qu’on a été soft”. Les jeunes MG reprochent à leur département un “total manque d’écoute et de soutien”. “On a l’impression qu’ils se vengent de tout ce qu’ils ont vécu. L’objectif est de décourager les internes. On nous empêche de passer des DESC. On nous met des bâtons dans les roues” regrette Morgane Lucet. La jeune femme, comme ses trois consœurs, témoigne sous couvert d’anonymat. A l’exception d’Ariane Mussedy, elles ne sont pas encore thésées et craignent de payer les pots cassés de leur liberté de parole.  

“Après avoir refermé ce livre, je me suis dit : “La vache, mais c’est super violent !”, écrit Jaddo, l’emblématique bloggeuse généraliste qui signe la préface de l’ouvrage. Elle aussi, se souvient en avoir bavé pendant son internat. Comme si finalement, souffrir pendant cette période était complètement normal. “C’est vraiment dommage que les choses se passent comme ça. Plutôt que de se souvenir d’avoir adoré notre formation, on ne se souvient que des épreuves” regrette Ariane Mussedy. En tant que représentante des internes, elle se rappelle des coups de fils incessants d’internes qui avaient des problèmes dans leurs stages ou se trouvaient face à des casse-tête administratifs. Aujourd’hui, c’est elle qui encadre des internes et elle constate qu’ils sont “super stressés et qu’ils subissent une pression de malade”.  

“On aimerait faire évoluer la situation” 

En 230 pages, les auteurs alternent témoignages et informations théoriques. Elles décortiquent l’internat de MG du début, lors du concours de l’ECN “mal fichu et qui peut gâcher une vie sur un coup de stress” à la délivrance de la thèse “moment merveilleux lors duquel on nous enlève les menottes”. Les stages, l’hôpital ou les méandres administratifs des facultés et en particulier de Paris V sont pointés du doigt. “On s’adresse à tous les internes de médecine générale mais aussi au grand public. Les malades ne savent pas qui nous sommes alors qu’ils nous voient en première ligne à l’hôpital. Ce livre est également à destination des facultés ou encore des administratifs comme les ARS…” indiquent les jeunes femmes.  

“On aimerait faire évoluer la situation” confie Morgane Lucet. Ariane Mussedy avait bien tenté de lancer une grève mais sans succès, les internes craignant d’abandonner les malades ou d’être réquisitionnés. “Le problème de fond, c’est que l’interne n’a pas de statut. Il est étudiant ou salarié en fonction de ce qui arrange le plus l’hôpital ou la faculté” s’insurge Ariane Mussedy. Elle regrette également les paroles en l’air des gouvernements “qui ne font pas évoluer la situation des étudiants”. Si Marisol Touraine avait tenté de publier une circulaire sur les repos de sécurité, les jeunes femmes constatent qu’elle est loin d’être appliquée.  

Aujourd’hui délivrées de l’internat, Ariane Mussedy, Morgane Lucet, Louise Balas et Bérénice Tilleul sont heureuses de faire enfin le métier qu’elles avaient choisi. Car les quatre jeunes femmes ont opté pour la médecine générale par vocation et souhaitent s’installer. “L’internat a été un combat alors que nous avions choisi cette filière par choix. On ne veut même pas imaginer le sort de ceux qui ne l’ont pas choisi et se sont retrouvés en fin de classement” s’inquiète Ariane Mussedy.  

Mais avec un tableau aussi sombre, n’ont-elles pas peur de décourager les futurs étudiants en médecine générale ? “Je pense que c’est mieux qu’ils soient prévenus. Le livre n’est pas si noir, certains internes témoignent et disent que cette période s’est plutôt bien passée pour eux. Au-delà de décourager, ce livre pourra rassurer d’autres internes. Ils seront heureux de ne plus se sentir seuls avec leurs problèmes. Notre but c’est que tout ça s’améliore. Le changement, c’est maintenant !” sourit Ariane Mussedy.

 

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