Se connecter
Chargement ...

Améliorer la psychiatrie en France, une urgence

Publié le
Lundi 13 Janvier 2014 à 21:22

A la veille de la présentation à l’Assemblée nationale du rapport parlementaire sur la psychiatrie, un état des lieux des maux de la psychiatrie en France et les remèdes possibles.

 «Il y a plus de psychiatres dans une rue du 5e arrondissement de Paris que dans le département de la Creuse !» Le psychiatre Frédéric Rouillon, chef de service à l’hôpital parisien Sainte-Anne, aime cette comparaison pour résumer l’un des principaux problèmes de la psychiatrie en France, à savoir une très inégale répartition des praticiens sur le territoire, notamment entre zones urbaines et rurales. Et ce, alors même qu’avec 13 800 psychiatres, la France est plutôt mieux dotée que d’autres pays européens.

Le psychiatre Roland Broca, qui a longtemps travaillé à l’hôpital de Laon (Aisne) et qui est aujourd’hui installé en libéral dans le 7earrondissement de Paris, constate qu’ils sont nombreux, «après quelques années dans des services de psychiatrie publique, à s’installer en cabinet», généralement dans les grandes villes. Du coup, les praticiens se plaignent d’être débordés… et les patients – ou leur famille – d’être insuffisamment suivis.

«Comment assurer un accompagnement effectif, quand les malades doivent attendre dix mois pour un rendez-vous ?», s’interroge Marie-Dominique Fouqueray, psychiatre en libéral à Orléans, qui, sur son répondeur téléphonique, prévient qu’elle n’a «plus de place du tout pour de nouveaux patients». Et de s’inquiéter pour l’avenir des soins psychiatriques dans le Loiret – où «quatre collègues viennent de partir en retraite, avec une seule installation prévue» – et dans la région Centre où «désormais, seuls quatre ou cinq psychiatres sont recrutés chaque année», alors qu’ils étaient une vingtaine lorsqu’elle s’est installée, en 1992.

Ce qui fait penser à Marie-Dominique Fouqueray qu’une des solutions pourrait être d’«élargir le numerus clausus lors de l’admission aux études de psychiatrie». Cela éviterait d’avoir à recruter des psychiatres hospitaliers étrangers, dont «la formation est très inégale et qui ont du mal parfois à s’exprimer en français», regrette Frédéric Rouillon, également professeur de psychiatrie à l’université Paris-Descartes. D’autres souhaitent l’instauration d’une carte sanitaire – comme pour les pharmaciens – et la mise en place d’une obligation d’installation pour les psychiatres débutants, pendant leurs cinq premières années, dans les hôpitaux ou les secteurs les moins bien pourvus.

Tous, surtout, réclament l’allègement d’une paperasserie envahissante, qui les oblige à passer plus de 20% de leur temps à renouveler des arrêts de travail et signer des certificats. «On a créé une multitude de chartes, d’évaluations, d’accréditations plus ou moins utiles qui font perdre du temps et découragent», dit Frédéric Rouillon, qui rappelle qu’à Sainte-Anne on compte désormais 23 directeurs adjoints, alors qu’ils n’étaient que trois il y a une trentaine d’années.

Du côté des associations d’usagers, les idées pour améliorer le fonctionnement de la psychiatrie ne manquent pas non plus. Ainsi, Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des associations d’usagers en psychiatrie (Fnapsy), voudrait «une véritable spécialisation des infirmiers en santé mentale et psychiatrie», comme cela existe pour la puériculture ou l’anesthésie, ce qui permettrait de revoir la répartition des tâches entre infirmiers et médecins psychiatres en structures hospitalières.

De même, Philippe Charrier, président de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam), aimerait voir «améliorer la formation en psychiatrie des médecins généralistes», dans la mesure où «ce sont eux les premiers prescripteurs d’antidépresseurs», comme le rappelle le psychiatre Bruno Falissard, directeur de l’unité Inserm U669 sur les troubles du comportement alimentaire de l’adolescent. De fait, seules 10 à 20% des personnes souffrant de troubles psychiatriques sont prises en charge par le système psychiatrique à proprement parler.

La Fnapsy souhaite encore que l’accueil et la prévention dans les centres médico-psychologiques (CMP) et dans les centres d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) soient améliorés, notamment pour éviter ce que l’on nomme le «syndrome de la porte tournante» (ou de la porte tambour). «Dès que le patient va mieux, on cherche à le réinsérer, explique Roland Broca. Il sort alors avec une allocation handicapé (AH) et une ordonnance de traitement, mais, étant donné les effets secondaires de ces médicaments, il renonce peu à peu à les prendre… ce qui le fait retomber dans sa pathologie et oblige à une nouvelle hospitalisation…»

En fait, «tout le monde sait ce qu’il faut faire, car c’est écrit dans tous les rapports sur la psychiatrie depuis trente ans», résume le psychiatre lillois Jean-Luc Roelandt, directeur du Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (CCOMS) pour la recherche et la formation en santé mentale. Même la Cour des comptes, dans son rapport sur le «plan santé mentale 2005-2011», dénonçait les effets pervers du maintien en hospitalisation d’un nombre trop important de patients.

Selon Jean-Luc Roelandt, ce qui manque, c’est donc une «volonté politique pour sortir résolument du système hospitalo-centré» – chaque secteur restant rattaché administrativement à un hôpital. Et de considérer que la sectorisation (lire ci-dessous), qui avait été pensée dès les années 1960 pour faire sortir la psychiatrie de l’hôpital, est aujourd’hui dépassée. «Il faut d’urgence passer à l’étape suivante, en faisant travailler ensemble les généralistes, les services sociaux, les équipes mobiles de soins à domicile, les centre d’accueil et de crise… afin que les parcours de soin des personnes soient redéployés vers la cité.»

Ce qui suppose, toujours selon Jean-Luc Roelandt, de multiplier les conseils locaux de santé mentale (CLSM), en y associant les élus et les associations d’usagers. Selon lui, ces CLSM – 80 sont déjà actifs et 70 sont en création – sont «l’avenir de la psychiatrie».

(1) Le rapport parlementaire sur la psychiatrie sera présenté demain à l’Assemblée nationale par le député (PS) Denys Robiliard. Toutes les auditions menées pour cette «mission parlementaire sur la santé mentale et l’avenir de la psychiatrie» sont téléchargeables sur le site de l’Assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.tv/

-------------------------

PSYCHIATRES ET PSYCHIATRIE EN FRANCE
Sectorisation. Depuis la loi de 1985 (confirmant une politique des années 1960), la psychiatrie est régie selon un principe de sectorisation géographique : chaque aire délimitée d’environ 70 000 habitants est «rattachée» à un hôpital ou une unité de soin, toutes pathologies confondues. Parmi les quelque trois millions de malades, un million sont suivis dans le public et deux millions dans le privé.

Féminisation. Les 13 800 psychiatres en France (chiffre 2011) sont des docteurs en médecine spécialisés en psychiatrie, pouvant aussi avoir une formation supplémentaire en neuropsychiatrie (500) ou en pédopsychiatrie (1 000). On compte 55% d’hommes et 45% de femmes. En 2012, à la fin des épreuves nationales classantes (ENC), 67% des étudiants affectés à la psychiatrie étaient des femmes (contre 58% pour l’ensemble des spécialités).

Inégale répartition. La moyenne nationale est de 22 psychiatres pour 100 000 habitants (taux parmi les plus élevés en Europe) ; mais ce ratio varie de 36 pour 100 000 (Île-de-France et Paca) à 12 pour 100 000 (Champagne-Ardenne et DOM). Même si le nombre de psychiatres augmente depuis quarante ans, la pénurie reste importante : 800 postes vacants en psychiatrie hospitalière en 2011. Un rapport du ministère de la santé de 2009 estimait à 15% la baisse du nombre de psychiatres d’ici à 2015 et à 35% d’ici à 2025.

Rapport public-privé. 47% des psychiatres exercent en cabinet libéral, 41% à l’hôpital public, 5% en établissement privé participant au service public hospitalier (PSPH) et 1% en clinique privée. 40% des psychiatres en libéral déclarent avoir une activité salariale en parallèle. Dans le secteur public, l’hospitalisation (lits hospitaliers, hôpitaux de jours…) mobilise 75% des ressources, alors que l’ambulatoire reste la modalité de soins la plus fréquente.

Article de Claire Lesegretain publié dans La Croix du 16/12/2013.

Pour plus d'informations:http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Ameliorer-la-psychiatrie-en-France-une-urgence-2013-12-16-1076632

Commentaires
Ajouter un commentaire

Articles Suggérés
Dernières notifications du site
il y a 12 heures
a mis à jour un document
 
il y a 12 heures
a créé un nouveau document
 
il y a 14 heures
a rejoint le réseau Secrétaire Médicale
 
il y a 14 heures
a créé un nouveau document
 
il y a 14 heures
a créé un nouveau document
 
il y a 14 heures
a créé un nouveau document
 
 
 
il y a 14 heures
vient de créer un nouveau réseau Recherche poste de secrétaire médicale
 
il y a 16 heures
a créé un nouveau document
 
il y a 19 heures
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
il y a 2 jours
a créé un nouveau document
 
  • 1/1
Fédération Hospitalière de France
Fédération des Etablissements Hospitaliers & d'Aide à la Personne
resah idf
UniHA
What's Up Doc, partenaire de Réseau Pro Santé
Vidal.fr - La base de données en ligne des prescripteurs libéraux