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"Les labos versent de très grosses sommes aux leaders d'opinion"

Publié le
Mardi 04 Février 2014 à 10:49
Bérénice Rocfort-Giovanni
Par Bérénice Rocfort-Giovanni

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Publié le 04-02-2014 à 06h36Mis à jour à 10h15

Un ancien cadre de l'industrie pharmaceutique dénonce dans un livre "l'omerta" qui protège les pratiques douteuses du secteur.

La couverture du livre "Omerta dans les labos pharmaceutiques" (Flammarion enquête)La couverture du livre "Omerta dans les labos pharmaceutiques" (Flammarion enquête)
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Co-auteur avec Anne-Laure Barret d’ "Omerta dans les labos pharmaceutiques", le docteur Bernard Dalbergue, un ancien cadre passé par trois grands labos, raconte pour la première fois les coulisses d’un secteur déjà bien éreinté depuis l’affaire du Mediator. Interview. 

 

Experts corrompus, pression sur le pouvoir politique, marketing débridé : la description que vous faites de l’industrie pharmaceutique est glaçante...

- Tous les labos ont les mêmes méthodes de lobbying. Comme n'importe quel produit, le médicament n’échappe pas à la promotion. La grande majorité des entreprises la pratiquent dans le strict respect de la loi. Une minorité, toutefois, fraudent et commercialisent des médicaments dangereux, aux effets secondaires graves. Les conséquences sont désastreuses : chaque année, 200.000 personnes meurent d’accidents médicamenteux dans l’Union européenne.

Pourquoi avez-vous quitté le monde des labos ?

- J’ai été poussé dehors il y a trois ans, alors que j’alertais l’opinion contre les dysfonctionnements d’un stylo qui ne délivrait pas la bonne dose d’un remède contre l’hépatite C. L’outil a, depuis, été remplacé, mais j’ai eu le plus grand mal à faire passer le message au sein du laboratoire pour lequel je travaillais. Par ailleurs, mon labo voulait verser de l'argent à un médecin chargé d’évaluer un autre traitement contre l’hépatite C que nous allions commercialiser, ce que j'ai refusé de cautionner.

Les pratiques n’ont pas toujours été si viles, dites-vous.

- Dans les années 1990, j’étais déjà choqué par les sommes folles dépensées lors de séminaires fastueux. Mais nos méthodes de travail étaient encore éthiques. A cette époque, il n’était pas nécessaire de franchir la ligne rouge. Les prix des médicaments étaient faciles à négocier avec les instances sanitaires. Et puis au début de la décennie 2000, il y a eu un basculement avec l'apparition des génériques. Les labos ont vu leurs molécules tomber dans le domaine public. Il est devenu de plus en plus difficile d’en trouver de nouvelles puisque désormais, on sait soigner les grandes pathologies : hypertension, infections… Plus personne ne voulait payer cher un nouveau médicament contre le cholestérol car il en existait déjà cinq sur le marché. Comprendre et traiter le cancer, le VIH, la maladie d’Alzheimer est en revanche bien plus compliqué... Peu à peu, le chiffre d’affaires s’est mis à refluer. Les plans sociaux se sont succédé, soumettant les salariés à de fortes pressions pour vendre toujours plus.

Comment se nouent les liaisons dangereuses entre médecins et labos ?

- Les labos versent de très grosses sommes d’argent aux leaders d’opinion, des médecins hospitaliers qui en ont besoin pour poursuivre leurs recherches. Ils doivent à tout prix en publier les résultats : "publish or perish" (publier ou périr), telle est leur devise. Plus ils publient, plus ils gagnent de points pour pouvoir devenir chef de service.

A vous lire, les autorités sanitaires américaines sont bien plus strictes en matière de conflit d’intérêts que la France. 

- Aux Etats-Unis, le "Foreign Corrupt Practices Act" est très clair sur les peines encourues, qui vont jusqu’à la prison en cas de corruption. C’est loin d’être le cas en France, pays de Cocagne de l’industrie pharmaceutique. 

De quel pouvoir dispose notre Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ?

- Elle peut être un lanceur d’alerte, mais n'a pas le pouvoir de retirer un médicament du marché. Seule l’Agence européenne du médicament a cette capacité. Seulement, cette dernière est noyautée par les lobbys pharmaceutiques.

Comment, dans ces conditions, peut-on avoir confiance en les médicaments qui nous sont administrés ?

- Il faut consulter le site de la Haute autorité de santé, honnête et indépendante, qui traque sans relâche les conflits d’intérêts. Si elle note bien le médicament, il n’y a pas de crainte à avoir.

Peut-on espérer assainir un jour le fonctionnement des labos ?

- Certains ont commencé un travail en ce sens. Ainsi, le Britannique GSK a promis de ne plus payer les médecins pour qu'ils assurent la promotion de ses produits et a supprimé les primes d’objectifs pour ses commerciaux. Les politiques au niveau européen doivent absolument s’emparer du sujet, sous peine de voir d’autres scandales éclater.


Propos recueillis par Bérénice Rocfort-Giovanni – Le Nouvel Observateur

(1) Editions Flammarion Enquête, sortie le 5 février 2014 

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