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Faut-il avoir peur du triclosan dans nos savons ?

Publié le
Jeudi 19 Décembre 2013 à 13:15

Les autorités sanitaires américaines ont exigé des fabricants de savons antibactériens qu’ils prouvent l’innocuité de leurs produits. Car ils contiennent du triclosan, soupçonné d’être un perturbateur endocrinien.

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Les autorités sanitaires américaines s'inquiètent de l'effet des savons antibactériens sur la santé. (PHOTOPQR/LE DAUPHINE LIBERE)

Les autorités sanitaires américaines s'inquiètent de l'effet des savons antibactériens sur la santé. (PHOTOPQR/LE DAUPHINE LIBERE)
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La toute puissante Food and Drug Administration (FDA), agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, a sommé les fabricants de savons antibactériens de prouver l’innocuité et l’efficacité de leurs produits. En cause : la présence de triclosan, un agent chimique contenu dans d'innombrables produits antibactériens ou cosmétiques - dont les déodorants, dentifrices et autres gels douche – et qui inquiète les toxicologues. Faut-il vraiment s’en méfier ?

Qu’est ce que c’est ?

Le triclosan est un biocide (substance chimique destinée à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes nuisibles) utilisé comme antibactérien, antifongique, antiviral, antitartre et agent de conservation. "Sa structure chimique est très semblable à celles des pesticides, même s’il n’est pas considéré comme tel", indique le toxicochimiste André Picot, président de l’Association Toxicologie-chimie.

Le triclosan est présent depuis les années 1970 dans les solutions antibactériennes utilisées à l’hôpital, et dans des produits de consommations courants depuis les années 1980-90.

Dans quel type de produits en trouve-t-on ?

Au-delà des savons antibactériens, le triclosan est présent dans la composition d’innombrables produits d’hygiène corporelle et cosmétiques. Savons, gels douche, dentifrices, déodorants, bains de bouche, crèmes hydratantes, produits contre l’acné, crèmes de rasage... La liste est longue. Les inquiétudes sont d’autant plus grandes qu’il s’agit de produits de consommation très courants, et utilisés de façon régulière. Une étude menée entre 2003 et 2004 aux Etats-Unis montrait ainsi que du triclosan était présent dans l’urine de 75% des individus testés.

D’autres produits, sans contenir de triclosan dans leur composition, en sont néanmoins pré-imprégnés pour résister aux germes fongiques ou bactériens. Ainsi de certains ustensiles de cuisine, jouets, literie, sacs poubelles, chaussettes anti-odeur, cotons démaquillants, éponges ou serviettes de toilettes.

Quels risques pour la santé ?

Le triclosan est soupçonné d’être un perturbateur endocrinien, au même titre que les parabènes, les phtalates ou le bisphénol A. "Chez les souris, on a décelé une atteinte au système endocrinien[l’ensemble des organes produisant des hormones, NDLR], notamment au niveau de la thyroïde et du système reproducteur. Cela se traduit par un ralentissement du développement cérébral, et une diminution de la production d’œstrogènes" explique André Picot. Ils pourraient favoriser l'apparition de certains cancers, dont celui du sein ou de la prostate.

Attestés chez les animaux, les effets du triclosan sont plus difficiles à identifier chez l'homme. "C’est plus compliqué car les êtres humains sont soumis à tellement de perturbateurs endocriniens qu’il est difficile d’isoler les effets spécifiques d’un seul d’entre eux". Reste que pour André Picot, le triclosan peut légitimement être considéré comme dangereux, notamment pour les jeunes enfants et les femmes enceintes ou allaitant.

Une étude américaine publiée en 2012 pointe également une altération des capacités musculaires chez les poissons et les souris. Soumis sur une période de sept jours aux mêmes doses de triclosan qu’un être humain dans sa vie quotidienne, les poissons rencontrent des difficultés à nager, tandis que les muscles des souris ont plus de mal à se contracter. Plus grave : la capacité du muscle cardiaque est réduite de 25% chez les souris. De quoi créer de sérieuses inquiétudes quant à l’exposition prolongée au triclosan de personnes souffrant d’insuffisances cardiaques.

Le triclosan est également suspecté d’augmenter la résistance de certains microbes (alors même qu’il est principalement utilisé en tant qu’antibactérien) et de favoriser la résistance aux antibiotiques. Comment ? En quantité suffisante, le triclosan "peut bloquer la pénétration des antibiotiques" explique André Picot. Selon une étude norvégienne publiée en 2012, le triclosan pourrait aussi être responsable d’une augmentation des risques d’allergies, notamment respiratoires, chez les enfants. Les chercheurs norvégiens expliquent qu’en attaquant la flore bactérienne de la peau, de la bouche et des intestins, le triclosan altère le fonctionnement du système immunitaire en supprimant les bactéries protectrices. Une étude anglaise est arrivée à des conclusions similaires en ce qui concerne certaines allergies alimentaires.

Un danger pour l'environnement ?

Au-delà des effets directs sur la santé humaine, André Picot pointe également un risque environnemental. Une étude menée par l’US Environmental Protection Agency (EPA) en 2010, relevait ainsi des niveaux élevés de triclosan dans les lacs et les rivières. Rien d’étonnant pour André Picot, puisque "le triclosan est partout, et donc nécessairement présent dans les rejets des habitations". Une présence d’autant plus inquiétante que le triclosan est peu biodégradable (il persiste plus de 40 ans dans les sols) et particulièrement toxique en milieu aquatique. "Il se fixe dans les sédiments et contamine les algues, les batraciens et les poissons" explique le toxicochimiste.

Autant de résultats qui attestent d’un "impact considérable sur la santé et l’environnement" selon André Picot, et qui ont poussé la Commission européenne à ouvrir une consultation sur le triclosan en août 2012. D’autant que pour le chercheur "on en met plus par habitude qu’autre chose. Je ne vois absolument pas l’intérêt de mettre des antibactériens dans du dentifrice, il faut être dingue ! Pendant des centaines d’années, on s’est lavé les mains au savon de Marseille et ça fonctionnait très bien, je ne comprends pas pourquoi mettre des antibactériens partout."

Des interrogations qui rejoignent celles de la FDA. Au-delà de la preuve de leur innocuité, l’agence sanitaire a en effet demandé aux fabricants de savons antibactériens de démontrer que leurs produits "sont plus efficaces qu’un savon traditionnel et de l’eau". Les industriels ont désormais six mois pour convaincre l’administration américaine.

Mathieu Cantorné – Le Nouvel Observateur

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