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Stratégies de localisation des médecins généralistes français : mécanismes économiques ou hédonistes?

Publié le
Jeudi 19 Septembre 2013 à 19:17

Stratégies de localisation 

des médecins généralistes 

français : 

mécanismes économiques 

ou hédonistes ?1

Eric Delattre 

(ENSAI, CREST-LSM) 

Anne-Laure Samson 

(LEDA-Legos, Université Paris Dauphine) 

Journées des Economistes de la Santé Français 

Lyon 

2-3 décembre 2010

Le nombre de médecins généralistes exerçant en France a atteint aujourd’hui un niveau 

maximum jamais égalé. Parallèlement, leur densité (le nombre de généralistes pour 100,000 

habitants), est également à son plus haut niveau. On ne manque donc pas de médecins en 

France. 

Plus spécifiquement, la densité de médecins généralistes libéraux a augmenté continuellement 

depuis les années 1960, tout d’abord faiblement, puis plus fortement à partir de 1975 

(graphique 1). La croissance s’est ensuite ralentie à partir du milieu des années 1990. Elle est 

ainsi passée de 45 en 1961 à 82 en 1980 et 103 en 2000, soit une augmentation de près de 

130% en 40 ans. Depuis 2000, la densité de médecins généralistes est relativement stable a ce 

niveau élevé. La France est d’ailleurs un des pays de l’OCDE où la densité de médecins 

généralistes est la plus élevée (OCDE, 2009). Elle se situe au troisième rang derrière la 

Belgique et le Portugal. 

Le niveau et l’évolution de la densité de médecins généralistes en France résultent 

principalement des décisions publiques en matière de fixation du numerus clausus2

. Le 

numerus clausus est le nombre d’étudiants admis à s’inscrire en deuxième année de médecine. 

1

 Nous tenons à remercier Alain Carpentier, Arnold Chassagnon et Morgane Laouenan, ainsi que les participants 

des 10èmes Journées LAGV (Marseille, juin 2010) et du groupe de travail en Economie de la Santé (PSE, 

octobre 2010) pour leurs commentaires sur une première version de cet article. Cette étude a bénéficié du soutien 

de la Fondation du Risque (Chaire santé, risque et assurance, Allianz) 

2

 Ils dépendent également de deux autres facteurs : i) parmi les étudiants formés, la proportion qui choisit de 

devenir médecin généraliste ; ii) les comportements des médecins en matière de cessation d’activité. Ces derniers 

peuvent notamment avoir été influencés par la mise en place, entre 1988 et 2003, du mécanisme d’incitation à la 

cessation d’activité (MICA). Ayant remporté un vif succès, il a contribué à ralentir la croissance de la densité de 

médecins généralistes. 2

Il est fixé chaque année depuis 1971 par les pouvoirs publics en fonction des besoins 

prévisibles en médecins. Du fait de la longueur des études de médecine, l’impact des 

fluctuations du numerus clausus sur les effectifs de nouveaux médecins se voit avec un 

décalage de 9 à 10 ans. Resté à un niveau très élevé tout au long des années 1970 (contribuant 

à la forte croissance des effectifs de médecins dans les années 1980), il n’a véritablement 

diminué qu’à partir du début des années 1980 (et ce, continuellement jusqu’au milieu des 

années 1990), expliquant ainsi le ralentissement de la croissance de la densité de médecins 

généralistes3

L’inégale répartition des médecins sur le territoire national 

Malgré une densité médicale en moyenne élevée, les médecins généralistes libéraux sont très 

inégalement répartis sur le territoire, comme le montre le graphique 1. En 2007, la France 

comptait en moyenne 99 médecins généralistes pour 100 000 habitants. Toutefois, la densité 

était de 122 pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur mais seulement de 85 pour la région 

Centre, soit un écart de 44% entre la région la plus et la moins densément peuplées en 

médecins généralistes4

 (Eco-santé, 2010). Le graphique montre, en outre, un net contraste 

entre les régions du sud de la France, très densément peuplées en généralistes et les régions du 

centre et du bassin parisien, beaucoup moins prisées par ces médecins. 

L’inégale répartition des médecins sur le territoire national est devenue un enjeu majeur de la 

régulation de la démographie médicale. 

En effet, du côté de la demande de soins, la mauvaise répartition des médecins entraîne des 

inégalités dans l’accès aux soins ainsi qu’un rationnement des patients. Les Missions 

Régionales de Santé (MRS), instaurées par la loi du 13 août 2004 et chargées de déterminer 

des orientations relatives à la répartition des médecins sur le territoire, ont notamment élaboré 

une liste de zones « sous-médicalisées » en médecins généralistes (CNOM, 2008). En 2006, 

selon leur liste, 4% de la population française vivrait dans une commune déficitaire, c'est-à-

dire une commune où la densité de généralistes est inférieure d’au moins 30% à la moyenne 

nationale et le niveau d’activité des professionnels de santé est supérieur d’au moins 30% à la 

moyenne nationale (Cour des Comptes, 2007). Il existe toutefois de fortes inégalités entre les 

régions puisque dans trois régions (Alsace, Corse et PACA), aucune zone déficitaire n’a été 

relevée. En revanche, plus de 10% de la population des régions Bourgogne, Franche-Comté 

ou Champagne-Ardennes vivrait dans une zone déficitaire en médecins (CNOM, 2008). 

En outre, du côté de l’offre de soins, des comportements de demande induite ont pu être 

identifiés pour les médecins généralistes du secteur 1 (Delattre et Dormont, 2003) : lorsque la 

densité dans leur zone d’exercice augmente, les médecins compensent les rationnements 

qu’ils subissent sur le nombre de leurs patients en augmentant le volume de soins qu’ils 

3

 Notons que seulement 3% des médecins (généralistes et spécialistes confondus) exerçant en France en 2007 ont 

été formés à l’étranger (OCDE, 2009), ce qui représente d’ailleurs le taux le plus bas de l’ensemble des pays de 

l’OCDE. En conséquence, les médecins étrangers ont, jusqu’à présent en tous cas, très peu influencé la densité 

médicale en France. 

4

 Les écarts de densités sont encore plus prononcés quand on considère les médecins spécialistes : on observe un 

écart de 136% entre la région la plus densément peuplée en spécialistes (PACA, avec une densité de 130) et la 

région la moins densément peuplée (Picardie, avec une densité de 55). 3

délivrent au cours de chaque consultation. Ces comportements sont plus marqués dans les 

départements où la densité est élevée (Delattre et Dormont, 2005). 

Quelques mesures visent à améliorer la répartition géographique des médecins sur le 

territoire national 

La mauvaise répartition des médecins est une conséquence directe de leur totale liberté 

d’installation. A la fin de leurs études de médecine, les médecins choisissent librement de 

s’installer dans la région de leur choix. Rien ne les empêche de s’installer dans des zones déjà 

fortement dotées en médecins, comme c’est le cas en Allemagne ou en Autriche. Il y a peu de 

régulation de la localisation géographique des médecins en France mais les quelques 

orientations portent sur deux volets. 

Le premier concerne la répartition géographique des étudiants en médecine. Chaque année 

depuis 1971, les variations du numerus clausus sont utilisées à des fins de rééquilibrage 

régional du nombre de médecins formés. Ainsi, par exemple, au niveau national, le numerus 

clausus est passé de 8600 places en 1971 à 3500 places en 1993, soit une diminution de près 

de 60% du nombre d’étudiants. Or, sur cette même période, le numerus clausus a diminué de 

65% et 67% pour les régions PACA et Languedoc-Roussillon (régions déjà les plus 

densément peuplées en médecins), mais la diminution a été moindre pour les régions dans 

lesquelles la densité médicale était plus faible : - 44% pour le Limousin ou - 48% pour la 

région Auvergne. Toutefois, ces ajustements n’ont pas permis de rééquilibrer véritablement 

les niveaux de densités sur le territoire. En effet, les régions dans lesquelles la densité 

médicale était la plus faible dans les années 1970 (Alsace et Lorraine notamment) ont tout de 

même vu leurs effectifs d’étudiants se réduire de 65%. Des ventilations similaires ont été 

effectuées entre 2000 et 2007. Sur cette période, le numerus clausus a été régulièrement 

augmenté, passant de 3800 en 2000 à 7100 en 2007 (soit une progression de 87%). Les 

régions PACA et Languedoc-Roussillon ont vu leurs effectifs augmenter moins fortement 

(+77%) que la région Centre (+97%). Toutefois, comme l’indiquent Vilain et Niel (1999), 

l’ampleur de la ventilation du numerus clausus au niveau régional est limitée par les disparités 

régionales en matière de capacités de formation. De ce fait, les variations du numerus clausus

n’ont pas permis de modifier profondément la répartition géographique des médecins sur le 

territoire. Vilain et Niel montrent ainsi que même si tous les étudiants formés dans une région 

s’étaient installés dans celle-ci, la hiérarchie des densités médicales entre régions ne serait pas 

très différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Les déséquilibres dans la répartition 

géographique des médecins sont donc très stables dans le temps. 

La seconde politique est plus récente. Depuis 2004, des aides financières sont instaurées afin 

d’inciter les nouveaux médecins à s’installer dans les zones sous dotées en médecins, 

considérées comme prioritaires par les MRS (Bourgueil et al., 2007a). Ces aides sont 

financées par l’Etat, l’Assurance Maladie et/ou les collectivités locales. On peut citer 

notamment l’exonération de l’impôt sur le revenu pour la rémunération perçue au titre de la 

permanence des soins, pour les médecins ou leur remplaçant, dans la limite de 60 jours par an 

ou le versement d’aides à l’installation ou au maintien dans les zones déficitaires définies par 

les MRS (qui peuvent prendre la forme de prime à l’installation, de mise à disposition d’un 

logement ou de prime d’exercice forfaitaire). Certaines régions attribuent également des 

bourses aux étudiants de troisième cycle de médecine en contrepartie de leur engagement à 

exercer au moins 5 ans comme généraliste dans les zones déficitaires. Elles peuvent aussi 

attribuer des indemnités de logement et de déplacement aux étudiants de troisième cycle en 4

stage dans les zones déficitaires ([email protected]é-URCAM, 2010). Il est encore difficile 

d’évaluer l’impact de ces aides. En effet, elles n’ont été instaurées que récemment et la 

plupart d’entre elles ne sont pas encore entrées en vigueur. Par ailleurs, elles touchent chaque 

année un très faible nombre de médecins et il est donc difficile d’évaluer scientifiquement 

leur efficacité. A titre d’exemple, en 2008, sur les 1203 nouveaux généralistes installés dans 9 

régions, 7 seulement se sont installés en zone déficitaire et auraient donc potentiellement 

bénéficié de certaines de ces aides (CNOM, 2008). 

Comment expliquer les stratégies de localisation des médecins ? 

Afin de comprendre quel type de politique contribuerait à améliorer la répartition 

géographique des médecins sur le territoire, il est essentiel de connaitre les déterminants des 

choix de localisation des médecins au moment de leur installation. Il existe relativement peu 

d’études en France sur le sujet. 

Bui et Lévy (2000) ont montré, à partir d’une enquête postale menée auprès de médecins 

libéraux en exercice en 19995

, que 81% des jeunes médecins généralistes citent en premier 

lieu des critères d’ordre personnel (tels que la proximité de la famille, l’activité 

professionnelle du conjoint, l’agrément du cadre de vie) pour expliquer le choix de leur lieu 

d’installation. En réalité, a posteriori, ces critères n’ont été pris en compte de façon décisive 

que par 64% des médecins. Le marché potentiel et les possibilités quant au rachat de cabinet 

jouent donc également une part importante dans le processus de choix de la région. 

Bilodeau et Leduc (2003) montrent, à partir d’une revue de la littérature, que ce sont 

également les facteurs personnels (connaissance antérieure de la région, lieu des études, etc.) 

qui conditionnent le plus le choix d’un lieu de pratique. Les facteurs contextuels tels que la 

qualité du milieu scolaire ont également un impact, mais ce n’est pas le cas du revenu moyen 

de la population ou son niveau d’emploi. 

Couffinhal et al (2002), à partir d’une analyse statistique menée au niveau cantonal, 

aboutissent aux mêmes résultats : les facteurs explicatifs du choix d’installation des médecins 

ne sont pas tant le revenu et le niveau d’activité espéré, que le contexte économique (niveau 

d’activité économique, revenus des habitants,…), démographique et les conditions de vie 

(présence d’un bureau de poste, de cinémas,…), dans le canton. 

L’inégale répartition des médecins sur le territoire n’est pas une spécificité française, comme 

le montrent Bourgueil et al (2007b). Tous les pays de l’OCDE ont mis en place des mesures 

visant à améliorer la répartition des médecins sur le territoire (voir Simoens et Hurst, 2006 

pour une revue très complète de l’ensemble des mesures utilisées). Par exemple, la plupart des 

pays ont désormais adopté des mesures financières visant à inciter les médecins à s’installer 

dans des zones sous-dotées : en Angleterre, les médecins reçoivent une rémunération 

supplémentaire lorsque leurs patients proviennent de zones défavorisées ; jusqu’en 1999, en 

Nouvelle-Zélande, les médecins exerçant en zones rurale pouvaient pratiquer augmenter les 

tarifs des consultations et des visites, respectivement, de 10 et 25% par rapport au tarif en 

vigueur. Toutefois, s’il existe une littérature abondante visant à quantifier l’ampleur des 

inégalités dans la répartition géographique des médecins, il semble qu’il n’existe en revanche 

presque aucune étude s’interrogeant sur les déterminants de la localisation des médecins. Les 

5

 L’enquête a été menée par le centre de sociologie et de démographie médicale. L’échantillon global compte 

1700 médecins, dont 1120 médecins généralistes. 5

mesures adoptées par les pays ont donc été mises en place sans pour autant connaitre celles 

qui étaient susceptibles d’avoir le plus d’impact sur la localisation géographique des 

médecins. 

L’objet de cette étude est d’analyser les déterminants des choix individuels de localisation des 

médecins généralistes français. Les études précédemment citées montrent que la dimension 

personnelle influence fortement les choix d’installation. Nous ne nous concentrons pas sur 

cette dimension, et ce, pour deux raisons. D’une part, nos données, administratives, ne 

fournissent aucune information sur les caractéristiques familiales, personnelles des médecins 

(présence d’un conjoint, situation professionnelle du conjoint, âge et nombre d’enfants, etc.). 

D’autre part, le régulateur n’a aucune influence sur les éléments propres à la vie personnelle 

du médecin. En revanche, il lui est possible d’orienter les actions d’incitation à l’installation 

dans des zones sous-dotées si les facteurs économiques ou géographiques influencent 

effectivement les choix d’installation des médecins. 

De ce fait, notre étude vise à quantifier l’importance d’une grande diversité de facteurs sur les 

stratégies de localisation des médecins : l’attractivité monétaire des régions (revenu espéré), le 

dynamisme économique (revenu des habitants, …), le dynamisme démographique et enfin des 

facteurs hédonistes (qualité de vie, mesurée par différents indicateurs). La mise en évidence 

des facteurs influençant le plus les choix de localisation des médecins permettra de donner des 

éléments d’information sur les politiques susceptibles d’influencer les comportements de 

localisation des médecins et pouvant donc contribuer, à terme, à modifier la répartition 

géographique des médecins sur le territoire. 6

Graphique 1 : Evolution de la densité de médecins généralistes libéraux entre 1961 et 2008 

30

40

50

60

70

80

90

100

110

1961

1964

1967

1970

1973

1976

1979

1982

1985

1988

1991

1994

1997

2000

2003

2006

Année

Densité de médecins généralistes

Source : Eco-Santé 2010 (données DREES) 

Graphique 2 : Répartition régionales des médecins généralistes libéraux (en 2007) 

Pays de la Loire

Poitou-Char.

Auvergne

Lorraine

Champ.-Ardenne

Basse-Norm

Haute-Norm

Nord

Bourgogne

Franche-Comté

IDF

Picardie

Alsace

Centre

Midi-Pyrénées

Lang.-Roussillon

PACA

Corse

Rhône-Alpes Limousin

Aquitaine

Bretagne

Densités régionales

109,8 à 122,4 (5)

98,9 à 109,8 (5)

91,8 à 98,9 (5)

85,7 à 91,8 (7)

Source : Eco-Santé 2010 (données DREES) 

Notes : Densité nationale = 99 médecins pour 100 000 habitants 7

Une analyse représentative des comportements individuels de 

localisation des médecins libéraux 

Pour étudier les choix de localisation des médecins au moment de leur installation en libéral, 

nous utilisons un panel exhaustif de médecins généralistes fourni par la CNAMTS. Ces 

données contiennent des informations sur l’ensemble des généralistes ayant débuté leur 

activité entre 1997 et 2002 (encadré 1). 

L’analyse des choix de localisation des médecins est conditionnée par la disponibilité des 

données 

Nos données ont donc orienté l’étude de quatre manières. 

Tout d’abord, nous entendons par choix de localisation le choix de la région d’exercice du 

médecin. Etant donnée notre méthodologie, nous ne pouvons pas raisonner à un niveau plus 

désagrégé. Si nous devions expliquer le choix du département ou de la commune d’exercice 

(variables présentes dans nos données), nous ne disposerions pas d’un nombre suffisant de 

médecins par type de localisation pour mener une analyse économétrique robuste ni de 

variables explicatives en nombre suffisant. Nous nous concentrons donc sur le choix d’une 

région d’exercice, tout en restant conscients qu’il existe probablement de fortes disparités 

intra-régionales en termes de comportement d’installation des médecins. A titre d’exemple, la 

densité de médecins généralistes en PACA était de 122 en 2007. Toutefois, il existe des 

différences importantes entre le littoral et l’arrière pays : la densité était de 126 dans les Alpes 

Maritime ou les Bouches-du-Rhône, mais de 114 dans le Var ou le Vaucluse. Au sein d’une 

même région, certains départements sont donc plus attractifs pour les médecins. Et par 

ailleurs, au sein même d’un département, il existe des différences importantes entre les types 

de communes : les cantons ruraux sont beaucoup moins prisés que les grandes villes et les 

cantons urbains (Couffinhal et al, 2002). 

Une rapide décomposition de la variance6

 montre que 41% de la variance totale des niveaux 

de densité est due à des différences intra-régionales ; 59% est donc due aux écarts entre 

régions. Les disparités de niveaux de densité entre départements appartenant à une même 

région sont dont plus faibles que les disparités de niveaux moyens de densité entre régions. En 

conclusion, même si le niveau régional est un niveau très agrégé qui ne permet pas de capter 

les comportements des médecins à un niveau fin, il peut toutefois donner une bonne indication 

des stratégies de localisation des médecins. 

Par ailleurs, comme indiqué dans l’encadré 1, nos données sont des données administratives. 

Ce sont donc des données fiables sur le niveau de l’activité et des honoraires des médecins, 

sur leurs caractéristiques socio-démographiques. En revanche, nous n’avons aucune 

information sur les caractéristiques familiales du médecin, son environnement familial, etc. 

Comme mentionné précédemment, nous n’expliquerons les choix de localisation des 

médecins que par des facteurs économiques, géographiques et contextuels. Il s’agit par 

ailleurs principalement de facteurs sur lesquels le régulateur peut agir pour orienter les 

décisions des médecins. Par exemple, si les facteurs économiques ont effectivement un 

6

. .

( ) ( ) ( ) Var dens Var dens Var dens dens dr d dr d = + − , où d désigne le département et r la région : la 

variance totale des niveaux de densité régionale se décompose en variance inter-régionale (écarts de niveaux 

moyens de densité entre régions) et en variance intra-régionale (écarts de niveaux moyens de densité entre les 

différents départements appartenant à une même région) 8

impact, il peut envisager de compenser financièrement l’installation d’un médecin dans une 

zone sous dotée. 

En outre, nous analysons le choix de la région de pratique des médecins au moment de leur 

installation, c'est-à-dire immédiatement à la fin de leurs études de médecine ou après quelques 

années passées en tant que médecin remplaçant. Nous n’explorons pas la possibilité 

d’éventuels comportements de mobilité après la première installation des médecins. Bien que 

les médecins soient suivis pendant un maximum de 6 années, nous ne conservons que 

l’information relative à la première année d’exercice. En réalité, les comportements de 

mobilité des médecins sont en général très rares : sur une autre source de données (un panel 

représentatif d’omnipraticiens de la Cnamts dans lequel les médecins généralistes sont suivis 

sur la période 1979-2004)7

, nous observons que seulement 3% des généralistes ont changé de 

région au cours de leur carrière et 4% ont changé de type de commune d’exercice (c'est-à-dire 

qu’ils sont passés d’un exercice en zone rurale à un exercice en zone urbaine et vice versa). 

En conséquence, se concentrer sur les choix de localisation au moment de l’installation donne 

une bonne indication des choix de localisation des médecins sur l’ensemble de leur carrière. 

Enfin, l’information présente dans nos données concerne les médecins ayant débuté leur 

activité entre 1997 et 2002. Nos données, relativement anciennes, ne nous permettent donc 

pas d’analyser l’impact de plusieurs réformes, postérieures à 2004, qui ont pu influencer les 

comportements de localisation des médecins installés récemment. Nous ne pouvons 

notamment pas évaluer l’impact de l’introduction, à partir de 2004, des mesures financières 

incitatives à la localisation dans des zones sous-dotées en médecins8

. La mise en place du 

parcours de soins coordonnés en 2004 pourrait également avoir influencé les comportements 

d’installation des jeunes médecins. Fin 2008, 85% des assurés avaient désigné un médecin 

traitant, médecin généraliste dans 99,5% des cas (CNAMTS, 2009). Dans ces conditions, les 

nouveaux médecins pourraient être plus réticents à s’installer dans des zones déjà très 

densément peuplées en médecins, dans lesquelles la clientèle potentielle, qui n’a pas encore 

désigné de médecin traitant, est faible. Enfin, la réforme des études médicales de 2004 aura 

probablement des conséquences importantes sur les comportements d’installation des 

médecins. En effet, depuis l’introduction des épreuves classantes nationales, les étudiants en 

médecine sont beaucoup plus mobiles géographiquement : les futurs médecins choisissent, en 

fonction de leur rang de classement, une discipline (médecine générale, spécialités médicales, 

spécialités chirurgicales, etc) mais aussi un lieu de formation. Auparavant, les résidents en 

médecine générale étudiaient obligatoirement dans leur université d’origine. Ces réformes 

modifierons probablement les stratégies d’installation des nouveaux médecins. Toutefois, 

nous ne pouvons pas encore évaluer leur impact. 

7

 Ce panel pourrait sembler plus approprié pour notre étude. Toutefois, ce n’est pas le cas. En effet, il s’agit d’un 

échantillon représentatif des médecins généralistes en activité, couvrant environ 10% de l’ensemble des 

généralistes français en activité sur la période 1979-2004. Parmi les 6000 médecins observés, certains ont donc 

débuté leur activité avant 1979, d’autres après. Nous ne pouvons identifier que 1900 médecins ayant débuté leur 

carrière après 1979 et dont on peut observer les comportements d’installation, ainsi que les éventuels

comportements de mobilité au cours de la carrière. Le nombre de médecins qui s’installe dans chaque région est 

donc trop faible pour mener une analyse économétrique robuste. 

8

 Il est donc impossible d’envisager une analyse de type « différence de différence » pour regarder l’impact de la 

mise en œuvre de ces aides. En outre, comme mentionné précédemment, ces aides, dont la plupart ne sont pas 

encore entrées en vigueur, ont probablement touché un nombre trop faible de médecins pour qu’il soit possible 

d’étudier leur effet à l’aide d’outils économétriques. 9

Encadré 1 : Un échantillon exhaustif de médecins généralistes débutants

Base de données initiale 

Cette étude exploite les données d’un panel d’omnipraticiens libéraux ayant débuté leur 

activité entre 1997 et 2002. Le terme d’omnipraticiens regroupe ici les médecins généralistes 

ainsi que les médecins généralistes possédant également un « mode d’exercice particulier » 

(MEP) comme l’acupuncture, l’homéopathie, la médecine du sport, etc. Ces derniers 

représentent environ 10% des omnipraticiens. 

Ce panel est fourni par la Caisse d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés (CNAMTS). 

Il reprend les statistiques relevées en date de remboursement par le Système National Interrégime (SNIR). 

Il s’agit d’un panel exhaustif : tous les omnipraticiens qui ont débuté leur activité libérale9

entre 1997 et 2002 sont présents dans le panel. Ce panel est non cylindré : les médecins qui se 

sont installés en 1997 sont observés sur une durée maximale de 6 années, ceux qui se sont 

installés en 1998 ne sont observés que sur une durée maximale de 5 ans, etc. 

Au total, l’échantillon comporte 32 000 observations relatives à environ 9 000 médecins 

observés sur une durée maximale de 6 années. 

Puisque nous étudions les choix de localisation au moment de l’installation, nous choisissons 

de ne pas explorer la dimension panel des données et de se concentrer sur les comportements 

observés lors de la première année d’exercice. Pour chaque médecin, nous conservons 

uniquement l’information relative à la première année d’apparition dans le panel. 

Pour chaque individu, nous connaissons son âge, son sexe, l’année et la région de la 

soutenance de sa thèse, l’année du début de son activité, le montant de ses honoraires, le 

niveau de son activité (décomposée en consultations, visites, actes de chirurgie et actes de 

radiologie). Nous savons également s’il s’agit d’un médecin « MEP » ou non ainsi que son 

mode d’exercice (exercice libéral exclusif ou à temps partiel). En ce qui concerne la 

localisation géographique du médecin, nous connaissons sa région et son département 

d’exercice ainsi que le type de commune dans laquelle il exerce (commune rurale, petite, 

moyenne ou grande ville). 

Champ conservé 

Nous ne conservons que les médecins du secteur 1. Les médecins libéraux peuvent appartenir 

à deux secteurs : dans le secteur 1, les tarifs sont fixés par des conventions nationales. Ils sont 

identiques pour tous les médecins et servent de base pour les remboursements effectués par la 

sécurité sociale. Les dépassements sont uniquement autorisés dans le secteur 2. Mais les 

médecins n’ont pu intégrer ce secteur qu’entre 1980 et 1992 et son accès a été très fortement 

restreint après 1992 : seuls les médecins s’installant pour la première fois avec une expérience 

professionnelle de chef de clinique ou d’assistant des hôpitaux peuvent y prétendre. De ce 

fait, dans nos données, le nombre de médecins généralistes s’installant en secteur 2 entre 1997 

et 2002 est marginal (moins de 2% chaque année) ; nous ne conservons donc que les 

médecins du secteur 1. 

9

 Notons que les médecins remplaçants ne sont pas présents dans nos données : tous les médecins observés sont des médecins installés à leur compte.

 http://www.ces-asso.org/sites/default/files/DELATTRE_SAMSON_JESF.pdf

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