Le milliardaire américain Bill Gates a estimé mardi dans une interview à l’AFP que la violence au Nigeria et au Pakistan, qui vise notamment les campagnes de vaccination, pourrait compromettre son objectif d’éradiquer la polio d’ici 2018.

L’an dernier, la Fondation Bill et Melinda Gates s’était fixé comme objectif principal d’éradiquer la poliomyélite en l’espace de six ans.

Mais si l’Inde vient de célébrer trois années sans cas de polio, la maladie reste endémique en Afghanistan, au Nigeria et au Pakistan.

Et la vague d’attaques contre les équipes de vaccination risque de retarder un peu plus l’objectif de la fondation.

«Cela s’avère compliqué au Nigeria et au Pakistan. Au Pakistan, la violence est vicieuse», a dit Bill Gates à l’AFP lors d’une interview à New York mardi.

Au Pakistan, des attaques de groupes rebelles, notamment talibans, ont mis à mal les campagnes, accusées de causer l’infertilité ou de servir de couverture à des activités d’espionnage occidental.

«La vérité est que la vaccination est là pour aider les enfants. Ceux qui répandent des rumeurs et attaquent les vaccinateurs ne sont ni du côté de la justice, ni de celui de la vérité», a ajouté Bill Gates.

«Il se peut que nous prenions un ou deux ans de retard si nous n’arrivons pas à résoudre (ce problème). Le président, les leaders religieux et de nombreux partisans (des campagnes de vaccination) essayent de faire éclater la vérité», a-t-il insisté.

Comme en écho à ces déclarations, trois vaccinateurs contre la polio ont été tués mardi à Karachi, la mégalopole du sud du Pakistan.

Dans la foulée, le chef de l’association des employés de la campagne anti-polio a annoncé son arrêt dans la province du Sind.

La semaine dernière, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait déclaré Peshawar, la grande ville du nord-ouest du Pakistan, comme le «plus grand réservoir mondial» de cas de polio.

Le Pakistan est le seul pays où le nombre de cas a augmenté entre 2012 et 2013 (de 58 à 91 cas), selon l’OMS.

Au Nigeria aussi, les campagnes des vaccination continuent de se heurter à des résistances sur le terrain. En février 2013, dix personnes au moins ont été abattues à Kano, la deuxième ville du pays, lors d’attaques menées contre deux cliniques qui organisaient des vaccinations contre la polio.

Selon les données publiées l’an dernier par l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP), 51 des 334 cas de polio décelés dans le monde en 2013 se trouvent au Nigeria.

AFP