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Cancer du col de l’utérus : les autorités légères sur les effets du vaccin

Publié le
Mardi 14 Janvier 2014 à 15:08

Plusieurs patientes accusent ce vaccin contre le cancer du col de l’utérus d’avoir provoqué des affections graves, mais les malades concernées ne sont pas toujours signalés à l’Agence du médicament.


Marie-Oceane Bourguignon (deuxième à droite) tient une conférence de presse avec sa famille et son avocat, en novembre (JEAN-PIERRE MULLER/AFP)

Officiellement, il n’y a pas d’« affaire Gardasil ». Les plaintes déposée par dix jeunes filles qui se disent victimes des effets secondaires du vaccin contre le col de l’utérus ne semblent pas inquiéter outre-mesure les autorités sanitaires, pas plus que le laboratoire Sanofi Pasteur MSD.

Dixième type de cancer chez la femme, celui du col de l’utérus provoque un millier de décès chaque année, principalement à cause des Papillomavirus humains (HPV) contractés généralement dans les premières années de la vie sexuelle.

Sur les plus de 5 millions de doses de ce vaccin qui ont été distribuées depuis sa mise sur le marché en novembre 2006, l’Agence du médicament s’est vu notifier :

  • 435 cas d’effets indésirables graves,
  • dont 135 maladies auto-immunes,
  • parmi lesquelles 15 scléroses en plaques.

Le vaccin reste prescrit (et remboursé) à toutes les jeunes filles entre 11 et 14 ans (et en rattrapage au-delà), puisque son rapport bénéfices/risques est jugé favorable. Circulez, y a rien à voir ? Pas si simple.

Traitées « comme des pots cassés »

La maman de Julie Casellas ne décolère pas :

« On traite ces petites comme des pots cassés, on ne peut pas l’accepter. Il faut qu’elles soient reconnues comme victimes. »

Vaccinée en 2008, sa fille a développé, quinze jours après la troisième injection, des abcès en de multiples endroits (aine, aisselle, coccyx, seins, pubis...) devenus handicapants au point qu’elle ne peut travailler. Elle a obtenu une allocation adulte handicapée.

Chaque jour, Julie reçoit la visite d’un infirmier pour changer ses pansements, comme elle le raconte dans ce reportage :

« Pot cassé » : l’expression vient d’un médecin de l’Agence du médicament, à qui la mère expliquait sa révolte contre ce vaccin qu’elle accuse d’avoir rendu sa fille malade. Il lui aurait répondu : « On comprend votre douleur, madame, mais dans un vaccin, il y a toujours des pots cassés. »

Depuis six ans, Julie vit au rythme de ses abcès. Elle a été diagnostiquée en 2009 atteinte de la « maladie de Verneuil », une des formes de l’« hidrosadnite suppurée », maladie chronique dont les causes sont largement méconnues.

« Une maladie dans la racine des poils »

Cette maladie toucherait 1% de la population, selon le professeur Jean Revuz, dermatologue qui tient un blog spécialisé sur le sujet. Il précise à Rue89 :

« C’est une maladie qui siège dans la racine des poils, une fragilité de la paroi des follicules pileux, une mauvaise défense contre les germes habituels.

Elle apparait le plus souvent chez les jeunes filles. Dans 30% à 40% des cas, elle serait transmise génétiquement. Le surpoids et le tabac sont des facteurs aggravants. »

Lorsque son médecin a signalé cet effet secondaire au Centre régional de pharmacovigilance, il a été répondu à Julie que « l’imputabilité du vaccin n’a pas été établie ».

La famille a malgré tout déposé un dossier devant une Commission régionale de conciliation et d’indemnisation des victimes d’accidents médicaux (CRCI). Les experts auraient « démoli » sa fille, lui disant que sa maladie était « psychiatrique », et n’ont pas reconnu le lien avec le vaccin.

Le vaccin a-t-il causé la maladie, ou est-elle dû au hasard ? Impossible de le savoir : il faudrait pour cela des études épidémiologiques de grande envergure, qui n’ont aucune chance d’être lancées.

Emilie subit opération sur opération

Deux ans plus tard, Emilie (le prénom a été changé) remplit à son tour une déclaration d’effet secondaire. Elle a développé les mêmes symptômes, une « furonculose chronique ».

Hasard ? Depuis sa dernière injection de Gardasil, en 2008, « c’est bouton sur bouton, opération sur opération », raconte cette étudiante en droit. Elle qui n’avait jamais eu d’acné se retrouve avec des kystes qui percent, localisés aux endroits des glandes sudoripares, celles de la transpiration (aine, aisselle, sous les seins) et sur les fesses, l’aine et le pubis.

« On ne peut plus s’habiller, on marche en canard, ça fait cicatrices violettes, et quand on incise ça laisse un trou », précise-t-elle. Après trois opérations sous anesthésie générale pour lui retirer les boutons situés à l’aine, elle a finalement trouvé un dermatologue qui la soigne aux antibiotiques et l’incise en cabinet lorsque les boutons sont trop enflammés.

C’est en voyant le reportage sur Julie qu’Emilie a fait le lien avec sa vaccination. Elle a dû changer de médecin pour obtenir la déclaration de pharmacovigilance, car celui qui l’a vaccinée refusait d’envisager le lien.

Finalement, le Centre régional de pharmacovigilance enregistre sa déclaration et lui répond qu« aucun cas similaire n’a été rapporté dans la base nationale de Pharmacovigilance ». Et Julie ? Désabusée, Emilie, a porté plainte contre X.

« Problème de sémantique » dans la base

Nous avons demandé à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), en charge de la pharmacovigilance, de nous expliquer cette réponse erronée. Nicolas Ferry, médecin responsable de la direction vaccins à l’Agence, reconnait « un problème de sémantique » :

« La maladie de Verneuil n’existe pas en tant que telle dans le dictionnaire international des maladies. Certaines infections chroniques des glandes, qui peuvent être graves ou pas, s’apparentent à des furonculoses chroniques ou des hidrosadénites suppurées.

Si on interroge la base de données avec un nom qui n’est pas le bon, elle ne retrouvera pas le cas. Le médecin aurait pu savoir que les deux peuvent s’appeler “hidrosadénite suppurée”. »

Le médecin de Julie avait pourtant, dans la fiche que nous avons pu consulter, indiqué à la fois « furonculose chronique » et « maladie de Verneuil », mais pas « hidrosadénite suppurée ».

Quand on lui demande de faire une recherche sur les maladie de Verneuil déclarées suite au Gardasil, pour les besoins de cet article, l’agence finit par reconnaître les deux cas graves, ainsi que trois cas non graves en 2013.

« Pas plus de sclérose en plaques chez les vaccinés que chez les non-vaccinés »

Puis Nicolas Ferry prend le temps de nous réexpliquer la pharmacovigilance, pour nous convaincre qu’elle est au point :

  • « Les patients peuvent déclarer eux-mêmes les événements sur le portail mis en place par l’Agence en 2011 ». Mais le savent-ils ? L’agence elle-même reconnait que « c’est assez confidentiel ».
  • « Ce n’est pas parce qu’un événement indésirable grave est rapporté qu’il est lié au vaccin. » Certes, le seul cas où le lien a été reconnu est celui de Marie-Océane Bourguignon : la CRCI d’Aquitaine a estimé à 50% qu’elle pouvait être indemnisée pour sa sclérose en plaque
    Elle poursuit le laboratoire Sanofi-Pasteur-MSD pour ne pas avoir informé les utilisateurs du Gardasil des risques inflammatoires du système nerveux central (risques pourtant identifiés depuis 2009, à la suite d’une déclaration d’effets indésirables).
    Oui mais même si « ce lien est reconnu pour l’indemnisation, ce n’est pas un lien scientifiquement et cliniquement prouvé », nuance Nicolas Ferry, pour qui « il n’y a pas plus de sclérose en plaques chez les vaccinés que chez les non-vaccinés ».
  • « Si un grand nombre de furonculoses chroniques avaient été rapportées, l’agence aurait fait un courrier aux médecins, voire retiré le produit. L’agence peut retirer les produits comme elle l’a fait par exemple avec la pilule Diane 35 ou le Myolastan. Si un risque important existe, tout le monde est mis au courant rapidement. » Rapidement, c’est un peu exagéré, cela peut prendre des années, comme on l’a vu dans l’affaire du Mediator.

L’avocate des filles, regroupées en association, Me Camille Kouchner, pense que le processus actuel de pharmacovigilance n’est pas suffisant pour surveiller les effets indésirables. Elle a une quinzaine de clientes atteintes de la maladie de Verneuil qui se disent victimes du Gardasil et vont porter plainte.

L’histoire n’est pas près de s’arrêter car, dans les dossiers qui continuent de lui arriver, elle constate :

« Soit les personnes, par manque d’information, ne découvrent qu’aujourd’hui qu’elles peuvent signaler leur maladie à la pharmacovigilance, soit l’information, lorsqu’elle est transmise, semble ne pas être prise en considération correctement. »

http://rue89.nouvelobs.com/2014/01/13/vaccin-gardasil-les-failles-pharmacovigilance-248905

 

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