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Le désenchantement de la pédopsychiatrie

Publié le
Lundi 13 Janvier 2014 à 21:28

La demande en psychiatrie infanto-juvénile augmente régulièrement, tandis que les moyens des équipes soignantes diminuent.

«La pédopsychiatrie, c’est ce qui reste quand on ne sait plus que faire !» Sous forme de boutade, Marie-Noëlle ­Gaudeul, 41 ans, pédopsychiatre à l’hôpital de Pau et Orthez (Pyrénées-Atlantiques), ne cache pas son désarroi face au nombre croissant de parents et d’enseignants qui s’adressent à la psychiatrie.

«Il y a encore vingt ans, lorsqu’un gamin était violent à l’école ou pétait un câble à la maison, on le conduisait chez les gendarmes et ceux-ci lui rappelaient la loi… Aujourd’hui, on l’emmène chez le psychiatre», poursuit cette soignante, qui reconnaît que la plupart de ces enfants en difficulté relationnelle ou en échec scolaire souffrent «d’abord» d’un manque de cadre éducatif et de sécurité affective.

Selon elle, parmi les centaines d’enfants et adolescents qu’elle reçoit chaque mois pour une première consultation, le tiers seulement relèvent vraiment de la psychiatrie pour des pathologies sévères (autisme, psychoses…) ; un autre tiers nécessitent un suivi psychologique ou psychothérapeutique pour des troubles de type névrotique (phobies, obsessions, somatisation, dépression…), mais, les séances n’étant pas remboursées par la Sécurité sociale, les familles modestes préfèrent se tourner vers les services publics de psychiatrie ; et le troisième tiers regroupe des enfants ayant des problèmes de comportement qui ne sont pas d’ordre psychologiques à proprement parler…

«Les consultations en pédopsychiatrie ont été multipliées par deux en dix ans», rappelle, de son côté, le psychiatre parisien Bruno Falissard, directeur de l’unité ­Inserm U669 sur les troubles du comportement alimentaire de l’adolescent et intervenant à la Maison de Solenn. «Comme on est un service public, on est obligé de répondre à toutes les demandes… Mais comment faire, avec des moyens humains et financiers de plus en plus restreints ?», poursuit Marie-Noëlle Gaudeul, qui ne peut plus consacrer que trente minutes à chaque consultation alors qu’il en faudrait «au moins quarante-cinq». Et d’ajouter que la seule possibilité de voir ses moyens augmenter serait de «monter un projet».

Mais cela prend beaucoup de temps et, «même si l’Agence régionale de santé (ARS) donnait son feu vert, on n’aurait pas les bâtiments nécessaires pour accueillir le personnel supplémentaire obtenu : c’est décourageant !» Ce constat de «désenchantement des équipes de soins» était souligné dans le livre blanc 2012 de la psychiatrie, coordonné par Denis Leguay, psychiatre des hôpitaux d’Angers (Maine-et-Loire), avec le soutien de l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique.

«Dans le labyrinthe des injonctions paradoxales, comment préserver le sens des actions soignantes et la conformité aux conceptions scientifiques établies ?», peut-on lire dans ce livre blanc, qui dénonçait également «l’absence d’arbitrage entre les priorités, la désertification de certaines zones, l’affectation de moyens à des actions particulières quand tous les territoires ne disposent pas d’une offre de base»… Denis Leguay concluait en invitant à «soigner sélectivement» les enfants et adolescents relevant réellement de la pédopsychiatrie. Ce qui suppose, sur le plan organisationnel, «que les premiers entretiens filtrent l’entrée dans le soin uniquement pour ceux qui en relèvent» et, sur le plan des pratiques professionnelles, «que la prévention soit renforcée».

Article de Claire Lesegretain publié dans La Croix du 16/12/2013

Pour plus d'informations:http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Le-desenchantement-de-la-pedopsychiatrie-2013-12-16-1076625

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