Se connecter
Chargement ...

Affaire Vincent Lambert : "Un très mauvais signal pour les équipes médicales"

Publié le
Jeudi 16 Janvier 2014 à 21:19

Le chef du service des soins palliatifs du CHU de Besançon et membre du Comité consultatif national d'éthique réagit à la décision du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne.

Partager sur Facebook
7
Partager sur Twitter
6
Partager sur Google+
1
Partager sur Linkedin
0
Envoyer cet article à un amiRéagir
5

Une chambre de patient hospitalise en fin de vie à la maison médicale Jeanne Garnier, à Paris. (photo d'illustration).
(SIPA/ PFG)

 

 

Une chambre de patient hospitalise en fin de vie à la maison médicale Jeanne Garnier, à Paris. (photo d'illustration). (SIPA/ PFG)
SUR LE MÊME SUJET

Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne s'est prononcé jeudi 16 janvier contre l'euthanasie passive de Vincent Lambert, un tétraplégique en état de conscience minimale que ses médecins avaient décidé de ne plus alimenter et hydrater pour le laisser mourir, en accord avec sa femme et une partie de sa famille. Mais ses parents, une soeur et un demi-frère du jeune homme avaient saisi la justice après l'annonce du chef du service de médecine palliative du CHU de Reims. Qu'en pense Régis Aubry, responsable du département douleur-soins palliatifs du CHU de Besançon, président de l'Observatoire national de la fin de vie et membre du Comité consultatif national d'éthique ? "Le Nouvel Observateur" l'a questionné.

Que pensez-vous de la décision du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne ?

- J'en suis un peu surpris, mais c'est une décision de justice. Elle met selon moi en évidence la nécessité de réfléchir à nouveau sur la notion des directives anticipées, qui a été de toute évidence la pierre d'achoppement dans cette affaire : tout a tourné autour de l'absence de directives anticipées écrites de Vincent Lambert, une partie de sa famille affirmant qu'il avait exprimé oralement le souhait de ne pas avoir de traitement jugé potentiellement déraisonnable, les autres disant que sans écrit cela ne pouvait pas avoir de valeur, les uns estimant aussi que certaines de ses manifestations laissaient à penser qu'il voulait rejeter la nutrition et l'hydratation artificielle, les autres estimant au contraire que cela semblait le soulager...

Est également à nouveau posée la question du statut de la nutrition et de l'hydratation artificielle.

Si on interprète la loi, ils sont considérés comme des traitements et peuvent donc être jugés déraisonnables. Mais on voit bien, dans les discussions qu'il y a eu, que ce n'est pas forcément partagé, d'aucuns les considérant comme des soins que l'on ne pourrait arrêter. Le Conseil d'Etat, à mon sens, devra probablement discuter ces points. Enfin, et encore, quand une personne n'est pas en état d'exprimer son avis, -ce qui est le cas de ce jeune homme-, qui et au nom de qui et de quoi peut-on dire que les soins ou traitements dont il dispose relèvent, ou pas, de l'acharnement thérapeutique ? Quand les familles se déchirent sur ce point, c'est qu'il y a lieu, là encore, d'approfondir la question.

Le tribunal estime notamment que "c'est à tort que le CHU de Reims avait considéré que M. Lambert pouvait être regardé comme ayant manifesté sa volonté d'interrompre ce traitement", et dit que "la poursuite du traitement n'était ni inutile, ni disproportionnée, et n'avait pas pour objectif le seul maintien artificiel de la vie". 

- Il s'agit, pour ce dont j'ai eu connaissance jusqu'ici, d'une interprétation de la loi Leonetti que l'on peut ne pas partager. Le tribunal semble dire qu'une nutrition et une hydratation artificielle ne constituent pas un traitement pouvant être jugé déraisonnable. Ce qui, de mon point de vue, fait discussion.

L'avocat des parents de Vincent Lambert salue "une victoire du droit, une lecture de la loi Leonetti à la lumière de la dignité, une victoire pour tous les handicapés". Comment expliquer que M. Leonetti, auteur de l'actuelle législation, estime que sa loi peut s'appliquer au cas du jeune homme, et que le tribunal en fasse une lecture différente ?

- Cela me surprend. Cette lecture différente du droit entre le législateur et le juriste laisse à penser qu'il y a un besoin de clarification. D'où l'intérêt que le Conseil d'Etat donne son avis sur cette question.

Pour le chef du service de médecine palliative du CHU de Reims, "les volontés de Vincent n'ont pas été respectées". Il s'agit pour lui d'une "remise en cause de la loi Leonetti dans sa justesse et son équilibre, ce qui en tant que citoyen (l')inquiète particulièrement". Cette décision ne peut-elle pas être perçue comme un désaveu des équipes médicales ?

- Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne exprime le fait qu'il ne partage pas l'analyse de cette équipe. On peut donc se demander, en effet, si cette décision ne va pas, chez certains, renforcer la question de la confiance vis-à-vis des équipes médicales. En tant que médecin responsable d'un service de soins palliatifs qui connaît leur fonctionnement et sait combien les questions d'ordre d'éthique y sont largement débattues, je trouve effectivement un peu affligeant qu'il n'y ait pas de considération de tout le travail réalisé en amont par cette équipe.

un moment, la frontière entre la justice et la médecine doit être éclaircie. 

La loi est claire pour ceux qui peuvent exprimer leur volonté. Mais qui est le mieux placé pour parler d'acharnement thérapeutique à propos d'une personne qui, elle, ne peut pas en parler ? J'entends bien la remarque de l'avocat des parents qui parle en quelque sorte de "victoire de défense des plus vulnérables". Il est évident que ce souci de protéger les plus vulnérables doit être "central". Mais dire qu'on protège quelqu'un lorsqu'on prend systématiquement une décision protégeant sa vie biologique est discutable. Si j'essaie de positiver, je me dis que cette décision peut être l'occasion d'essayer d'éclairer une "zone d'ombre".

Comment cette décision peut-elle être interprétée par les équipes de soins palliatifs ?

- Comme un très mauvais signal. S'il n'y avait pas de suites, - mais je pense qu'il y en aura -, le risque serait qu'on ne se pose plus ces questions d'arrêter éventuellement des traitements pouvant apparaître déraisonnables.

Les équipes vont, à mon avis, être désormais extrêmement frileuses.

Alors que nous avons essayé de faire avancer la réflexion sur l'acharnement thérapeutique et que nous nous sommes dotés d'un arsenal juridique permettant de l'éviter, -ce qui était tout le sens de la loi Leonetti-, nombreuses seront à mon sens les équipes à se dire "ne prenons aucun risque et continuons tous les traitements, quelle que soit notre analyse."

Avec quelle(s) conséquence(s) pour les patients ?

- Une survie dont le sens ne sera peut-être plus discuté. Je ne dis pas que les décisions doivent être d'arrêter le traitement, mais que la décision de la poursuite, de la limitation ou de l'arrêt d'un traitement doit toujours faire objet d'un questionnement. Celui qui sait ce qui est bon pour autrui n'est pas né.

Propos recueillis jeudi 16 janvier 2014 par Céline Rastello - Le Nouvel Observateur

Sur le web: Vincent Lambert: le tribunal contre l'euthanasie passive
 
 
 
 
Commentaires
Ajouter un commentaire

Articles Suggérés
Dernières notifications du site
 
a créé un nouveau document
 
 
 
il y a 16 heures
a créé un nouveau document
 
il y a 20 heures
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a créé un nouveau document
 
a rejoint le réseau FONDATION ILDYS
 
vient de créer un nouveau réseau FONDATION ILDYS
 
  • 1/1
Fédération Hospitalière de France
Fédération des Etablissements Hospitaliers & d'Aide à la Personne
resah idf
UniHA
What's Up Doc, partenaire de Réseau Pro Santé
Vidal.fr - La base de données en ligne des prescripteurs libéraux